livier-Yerres : Comment jugez-vous l'ampleur de la mobilisation aujourd'hui, dans l'éducation nationale et plus généralement dans le service public ? Nicolas Dupont-Aignan : Cette mobilisation est compréhensible dans la mesure où la réforme de l'Etat est importante. Toute la difficulté est de bien doser, ministère par ministère, les efforts à fournir. Attention à ne pas affaiblir l'Etat.
Je doute que l'objectif du gouvernement soit faisable : ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux, dans certains services, et notamment à l'éducation nationale, posera vite des problèmes.
Encore une fois, après des années d'immobilisme, évitons l'excès inverse d'une vision trop idéologique du "moins d'Etat".
Stravigor : Que pensez-vous de la réaction du député UMP François Grosdidier qui persiste et signe quant au rejet du projet de loi sur les OGM ?
Nicolas Dupont-Aignan : Il a raison. Pour ma part, je voterai contre ce projet, qui obéit, certes avec quelques précautions de forme, aux diktats de la Commission de Bruxelles et de ses donneurs d'ordre, les semenciers américains.
Ce projet de loi représente un vrai danger pour notre environnement. Le gouvernement et la majorité ne se rendent pas compte de la responsabilité qu'ils prennent devant l'histoire.
Je ne suis pas, bien évidemment, hostile aux progrès scientifiques, il faut poursuivre les recherches sur les OGM, mais il ne faut surtout pas autoriser aujourd'hui, en l'état des connaissances, les cultures en plein champ.
Encore une fois, il y a un manque de cohérence entre les avancées remarquables du Grenelle de l'environnement et les actes concrets du gouvernement.
D'une manière générale, c'est ce décalage entre les discours du président de la République et la pratique de ses décisions qui devient de plus en plus insupportable aux Français, et même à bon nombre de députés de la majorité.
étudiant_38 : Les mesures de la commission Balladur pour réformer nos institutions sont-elles suffisantes à vos yeux ?
Nicolas Dupont-Aignan : Tout d'abord, sincèrement, je ne crois pas que la révision de la Constitution soit une priorité pour les Français. La vraie question aujourd'hui, c'est la guerre économique que nous sommes en train de perdre, avec ses dommages collatéraux en termes de délocalisations et de régression sociale.
Pour autant, pourquoi pas une réforme institutionnelle si, là aussi, il y a cohérence et honnêteté intellectuelle ? Malheureusement, le projet de loi de révision me paraît être davantage un coup de pub qu'une réforme sérieuse et profonde.
On nous parle de droits renforcés pour le Parlement et de démocratisation de notre pays. Mais au même moment, le projet supprime l'obligation de référendum pour l'élargissement de l'Union européenne. Où est le progrès ?
Par ailleurs, comment imaginer renforcer les droits du Parlement si l'on n'aborde pas la question clé du mode de scrutin ? Je ne suis pas favorable à une proportionnelle intégrale, mais je crois sincèrement qu'une dose de proportionnelle sur 10 % ou 20 % des sièges ne remettrait en rien en cause la stabilité de la Ve.
N'oubliez pas que cela ne sert pas à grand-chose de renforcer les droits du Parlement si un seul parti, aujourd'hui de droite, l'UMP, hier ou demain de gauche, détient la majorité parlementaire et prend ses ordres à l'Elysée.
Enfin, il serait temps d'aborder la question essentielle de la diversité des médias et de leurs liens avec certains milieux d'affaires, dépendant des commandes de l'Etat, pour garantir, comme dans les autres pays occidentaux, une vraie pluralité d'opinions.
Enfin, je regrette que le président de la République refuse l'usage du référendum, qui est un élément essentiel de respiration démocratique voulu par le général de Gaulle. Vous le comprenez, je voterai contre cette réformette constitutionnelle.
bobby : Que pensez-vous de la première année de présidence de Sarkozy ?
Nicolas Dupont-Aignan : Comme beaucoup de Français, je suis plus que déçu. Jamais le décalage n'a été aussi grand dans notre pays entre les discours, les promesses et les actes.
Pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait pointé du doigt, avec raison, les origines profondes de nos difficultés (euro cher, libre-échange déloyal, manque de volontarisme industriel, immigration incontrôlée, etc.). Une fois élu, il s'est résigné à subir le carcan de Bruxelles et s'est engagé dans une politique, notamment économique, peu efficace (le fameux paquet fiscal).
Je ne méconnais pas sa volonté de réforme, mais ce ne sont pas des réformes en désordre qui permettront d'obtenir les résultats qu'attendent les Français.
Enfin, et c'est peut-être là le plus grave, le président a engagé une réorientation de la politique étrangère et de défense dont il n'avait jamais parlé pendant la campagne (réintégration dans l'OTAN, envoi de soldats en Afghanistan), qui porte un tort considérable à l'image de notre pays dans le monde. Le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe.
Et tous ceux qui, comme moi, croient à une certaine idée de la France sont profondément tristes de l'occasion perdue de 2007.
Denis : Pouvez-vous nous en dire plus sur votre positionnement politique ? Sous la bannière de la majorité présidentielle UMP, il y a encore peu de temps, interviewé dans Minute en décembre, votant la censure en avril... où vous situez-vous ?
Nicolas Dupont-Aignan : Je suis gaulliste, républicain. Je ne peux pas accepter la dérive atlantiste dont je vous parlais il y a un instant. Je refuse cette soumission à l'ordre des lobbies de Bruxelles. Je siège, vous l'avez compris, aux non-inscrits.