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Une nuit et un jour de films de cinéma et de portraits

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Page d'accueil de la rubrique Cannes 2008 sur le site d'Arte.
D.R.
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Marcos est nu et ventripotent, quasi impassible en toutes circonstances, dans l'acte de tuer comme dans l'acte d'amour. Il demeure debout, droit comme un piquet, tandis qu'une belle jeune femme s'échine à genoux à lui donner du plaisir par la bouche. Voilà pour la première scène qui fit scandale, en 2005, lors de la présentation au Festival de Cannes de Bataille dans le ciel, du Mexicain Carlos Reygadas.

Pas de voyeurisme pourtant tant le film est vidé de spectaculaire, sinon un homme qui paraît étranger à lui-même, étranger au drame. A Mexico, le sexe est ce qui reste quand toutes les illusions, elles, se sont enfuies. Il est aussi ce qui lie, à la verticale ou à l'horizontale, les classes sociales. Pour les riches autant que pour les miséreux, l'apaisement, la consolation vient du septième ciel.

Du septième art aussi. Le cinéma "paraît avoir été inventé pour exprimer la vie du subconscient", estimait Luis Buñuel, qui eut une influence considérable sur la renaissance du cinéma mexicain et sa nouvelle génération de cinéastes, dont Carlos Reygadas.

C'est Bataille dans le ciel qui ouvre l'opération "24 heures de cinéma" d'Arte, lancée à l'occasion du Festival de Cannes. Pour clore cette programmation, la chaîne rediffuse, jeudi 15 mai, à 22 h 45, l'intelligent documentaire d'Elisabeth Kapnist, Un écran nommé désir (2006), sur les relations entre cinéma et psychanalyse, nés à la même époque et qui sont liés de tout temps et par tous les bouts ; deux mondes de fantasmes, de secrets et de rêves que Georg W. Pabst fusionne pour la première fois dans son film Mystère d'une âme, en 1924.

La réalisatrice a créé d'ingénieuses figures de style au service d'une réflexion sur les affinités historiques et ontologiques qui nouent la psychanalyse et le septième art, l'image onirique et l'image cinématographique.

Comme le signale le commentaire coécrit avec le psychanalyste et romancier Michel Schneider, ces deux champs partagent non seulement le même vocabulaire (écran, cadre, projection, séance, scénario, représentation, illusion), mais aussi des ressorts communs, ceux de l'amour, du sexe et de la mort.

En témoignent une abondante filmographie résumée en de nombreux extraits, ainsi que des bribes d'entretiens avec des cinéastes - Federico Fellini, David Lynch, Ingmar Bergman, Fritz Lang.

Dans l'intervalle, entre Bataille dans le ciel et Un écran nommé désir, d'autres films, des documentaires sur le septième art, des portraits de cinéastes, des magazines ("Court-Circuit", "Arte Culture") : une cure circadienne pour cinéphiles stakhanovistes, passionnés couche-tard et amoureux lève-tôt. Côté longs-métrages, A tout de suite de Benoît Jacquot (jeudi 15, 1 heure du matin), La Montagne sacrée d'Alejandro Jodorowsky (3 heures), Hier encore (5 heures) de Rima Samman, L'Enfant des frères Dardenne (6 h 25), Gas oil (8 heures) de Gilles Grangier, Just a Kiss de Ken Loach (14 h 55)...

Côté documentaires, Volker Schlöndorff revient, dans Ma vie, sur ses débuts comme assistant de Jean-Pierre Melville, sa complicité avec Louis Malle et Bertrand Tavernier. Chez lui, il a entassé les valises en cuir héritées de sa famille et remplies de souvenirs, qu'il appelle ses "malles à murmures".

Arte renouvellera l'opération le 21 mai.


"Les 24 heures de cinéma", mercredi 14 mai, Arte, à partir de 22 h 45.

Macha Séry
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