Edition spéciale Cannes | Le Monde.fr

Depuis sept ans, les bonnes affaires d'Hollywood démarrent sur la Croisette

Réagissez à cet article Réagir Classez cet article Classer Envoyez cet article par e-mail E-mail Imprimez cet article Imprimer Partager

A Cannes, dimanche 18 mai, entre 13 heures et 15 heures, les 2 246 places du Grand Théâtre Lumière seront occupées par des journalistes en rupture de compétition et de cinéma d'auteur. Le 61e Festival de Cannes accueillera la première projection mondiale d'Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, réalisé par Steven Spielberg, produit par George Lucas. Le secret qui entoure le film est quasi militaire : "Aucun média ne l'aura vu. Ce film aura été présenté à Los Angeles, à dix personnes tout au plus, dont le sélectionneur du Festival, Thierry Frémaux", explique Camille Trumer, PDG de Paramount France, la filiale du studio américain qui distribue le film à travers le monde.

2001. Shrek, d'Andrew Adamson (en compétition), Dreamworks. 484 millions de dollars de recettes mondiales.

2002. Star Wars 2, l'attaque des clones, de George Lucas (Fox). 649 millions de dollars.

2003. Matrix 3, Reloaded, d'Andy et Larry Wachowski (Warner). 738 millions de dollars.

2004. Troy, de Wolfgang Petersen (Warner). 497 millions de dollars.

2005. Star Wars 3, la vengeance des Sith, de George Lucas (Fox). 850 millions de dollars.

2006. The Da Vinci Code, de Ron Howard (Columbia). 758 millions de dollars.

2007. Ocean's Thirteen, de Steven Soderbergh (Warner). 311 millions de dollars.

Depuis 2001, les majors hollywoodiennes se succèdent sur la Croisette pour présenter au monde une production très onéreuse qui sort le même jour où presque sur toute la planète (en France les films sortent le mercredi, le vendredi dans le reste du monde). C'est la Fox qui a inauguré cette pratique en montrant Star Wars Episode II, l'attaque des clones en 2002. Aujourd'hui, l'accompagnement médiatique des blockbusters s'organise autour de junkets. Ce terme emprunté au vocabulaire politique américain (petits cadeaux faits aux électeurs ou aux politiciens) désigne aujourd'hui des voyages de presse au cours desquels les journalistes voient le film et rencontrent le "talent" (metteur en scène et comédiens) lors d'entretiens minutés à la seconde près. Cannes permet d'organiser "le père de tous les junkets". Avec 4 000 journalistes présents, on est sûr d'occuper l'espace médiatique.

En 2006, un TGV avait été affrété entre Londres et Cannes par Sony-Columbia pour la projection en ouverture du Da Vinci Code. Le train avait été rempli de partenaires publicitaires et de quelques journalistes. Ces derniers avaient pu, très brièvement, interviewer les acteurs sans avoir vu l'adaptation du roman de Dan Brown dont seul un extrait avait été projeté à Londres. Le film montré dans son intégralité le soir même avait été unanimement vilipendé par la critique, mais avait rapporté plus de 750 millions de dollars de recettes de par le monde.

Cette année, la Croisette accueillera deux des tentpoles (en vocabulaire hollywoodien les films assez importants pour porter le marché pendant l'été) de 2008 : le film d'animation des studios DreamWorks, Kung Fu Panda, de Mark Osborne et John Stevenson, et Indiana Jones. Comment vendre le quatrième volet de cette saga qui a déjà rapporté 1,2 milliard de dollars de recettes internationales entre 1981 et 1989 ? Pour Paramount, qui a déboursé le budget de 185 millions de dollars, plus 150 millions de dollars en frais de distribution et de marketing, Cannes représente la plate-forme idéale de lancement.

La major a organisé la venue de Steven Spielberg, George Lucas, Cate Blanchett et Harrison Ford, qui a accordé quelques rares entretiens à des journalistes qui n'ont pas vu le film. Selon le Los Angeles Times, il faudra que le film passe la barre des 400 millions de dollars de recettes mondiales pour que le studio, Spielberg, Lucas, Ford et quelques autres participants, dont le scénariste, commencent à percevoir leur part des recettes. Le quotidien californien affirme qu'au-delà de ce chiffre, 12,5 % de chaque dollar iront au studio et le reste aux participants.

La major hollywoodienne Paramount distribue aussi Kung Fu Panda, qui sortira le 9 juillet en France, quelques jours après les Etats-Unis. Les dessins animés numériques des grands studios ont acquis leur droit de cité sur la Croisette, depuis 2001, lorsque DreamWorks Animation avait accepté que Shrek soit présenté en compétition. Paramount, qui distribue aussi ce film, peut compter sur la présence sur les marches de Jackie Chan, Dustin Hoffman, Lucy Liu et Angelina Jolie - les voix de la version américaine.

Reste que la présence de ces immenses machines à Cannes n'est pas sans conséquences pour les films présentés en compétition. Lawrence Atkinson, vice-président de l'agence de relations publiques Dennis Davidson Associates (DDA) qui représente Synecdoche, New York, le film de Charlie Kaufman, a négocié la date de projection du film, "pour éviter les jours de programmation d'Indiana Jones 4 et de Kung Fu Panda qui vont bouffer tout l'oxygène de la Croisette, ce jour-là !"

Thierry Frémaux a programmé face à Indiana Jones deux films sans stars, Gomorra, le long métrage que le réalisateur italien Matteo Garrone a consacré à la Camorra napolitaine, et Serbis, du réalisateur philippin Brillante Mendoza. Jamais le grand écart cannois n'aura été aussi spectaculaire.

Claudine Mulard (à Los Angeles), Thomas Sotinel et Nicole Vulser
Réagissez à cet article Réagir Classez cet article Classer Envoyez cet article par e-mail E-mail Imprimez cet article Imprimer Recommandez cet article Recommander
Partager: del.icio.us Facebook Digg! Wikio Scoopeo BlogMarks