Trouvez une séance sur telerama.fr
Critique

"Peur(s) du noir" : six dessinateurs par la peur animés

Réagissez à cet article Réagissez Classez cet article ClassezImprimez cet article ImprimezEnvoyez cet article par e-mail EnvoyezPartagezPartagez
Partager :
Facebook
Scoopeo
del.icio.us
Digg!
BlogMarks
Wikio
Viadeo
Une image du programme de six films d'animation français, "Peur(s) du noir".
DIAPHANA FILMS
Une image du programme de six films d'animation français, "Peur(s) du noir".

Les producteurs du film Peur(s) du noir, Valérie Scherman et Christophe Jankovic, ont demandé à six auteurs graphiques de faire bouger leurs images de façon qu'elles inspirent la peur. Chaque segment garde son individualité, mais Peur(s) du noir est un film d'animation cohérent, en noir et blanc, qui porte ses origines artistiques, et qui suscite souvent l'angoisse. Reste que ce passage de la bande dessinée ou de l'illustration au cinéma est périlleux. Et si Peur(s) du noir passionnera les amateurs de l'un ou l'autre des deux arts, c'est autant par ses échecs que par ses réussites.

C'est qu'il existe entre deux cases de bande dessinée une distance incommensurable à celle qui sépare deux plans. On pourrait s'y tromper - un storyboard ressemble souvent à une BD. Mais il entre dans le cinéma un facteur - le temps - dont les graphistes n'ont d'ordinaire pas à se soucier. Ce n'est pas que les films que propose Peur(s) du noir soient trop longs, au contraire. La plupart d'entre eux débordent d'idées, de situations, de personnages. Mais le récit ne coule pas toujours, encombré par les nouvelles responsabilités de l'artiste qui doit désormais assumer les tâches qu'il laissait naguère à son lecteur : faire bouger, parler, se déplacer dans le décor.

ASSOIFFÉE DE SANG

Prenons le film de l'Américain Charles Burns : l'artiste conserve son graphisme faussement proche du comics américain et franchement dérangeant pour raconter une histoire de paranoïa mâle, dans laquelle la femme est une prédatrice. Il lui faut recourir à la voix off pour faire avancer son récit et les personnages ne restent qu'au seuil de la vie cinématographique, entre marionnettes et ectoplasmes.

Empruntant un autre chemin, la Française Marie Caillou se précipite dans les bras d'une forme éprouvée, l'anime japonais. La stratégie se retourne contre elle, et, près quelques détours, son écolière habitée par l'âme assoiffée de sang d'un samouraï n'a plus grand-chose d'original, si ce n'est qu'elle est en noir et blanc. On pourrait ainsi énumérer les écueils sur lesquels s'échouent les films de Peur(s) du noir, mais il vaut mieux assister à ces égarements, parce qu'ils sont tous le résultat d'une quête aventureuse qui, en chemin, demeure passionnante.

Les formes géométriques numériques de Pierre di Sciullo, mises au service d'un propos satirique, ne sont pas très à l'aise sur une grande toile blanche, mais on aimerait bien les retrouver sur un écran d'ordinateur, par exemple.

A une exception près : le film de l'illustrateur italien établi en France, Lorenzo Mattotti. Dans une plaine du Nord de l'Italie, stylisée mais évocatrice, le narrateur revient sur la disparition mystérieuse de son meilleur ami. Situé dans un passé indéfini, ce conte fantastique est enveloppé de gris voluptueux, de noirs abyssaux.

Contrairement à d'autres segments, celui-ci est animé selon une technique traditionnelle qui permet de sentir le travail physique qui a produit chacun des dessins, tout en donnant aux êtres et aux paysages une réalité à la fois lointaine et immédiatement accessible. Le dessin s'étire, se glisse dans le temps, devient du cinéma.


Programme de six films d'animation français de Blutch, Charles Burns, Marie Caillou, Pierre di Sciullo, Lorenzo Mattotti et Richard McGuire (1 h 25.)

Thomas Sotinel
Réagissez à cet article
Réagissez
Classez cet article
Classez
Imprimez cet article
Imprimez
Envoyez cet article par e-mail
Envoyez
Facebook
Scoopeo
del.icio.us
Digg!
BlogMarks
Wikio
Viadeo
PARTAGEZ
Vos réactions
"Peur(s) du noir" : six dessinateurs par la peur animés

Soyez le premier à réagir à cet article