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Compte rendu

A Berlin, on va voir Winnipeg

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Le cinéaste canadien Guy Maddin a tourné un documentaire en noir et blanc intitulé "My Winnipeg".
D.R.
Le cinéaste canadien Guy Maddin a tourné un documentaire en noir et blanc intitulé "My Winnipeg".

BERLIN ENVOYÉ SPÉCIAL

C'est à sa périphérie que la Berlinale offre de précieux moments, que l'on ne peut trouver ailleurs. Le Delphi Film Palast fut jadis au centre du festival. Mais la manifestation s'est déplacée vers le Berlin nouveau de la Potsdamer Platz, confinant les vieux cinémas du quartier du Zoo dans les seconds rôles - souvent les plus intéressants.

Le Delphi Film Palast a accueilli, le 8 février, pour l'ouverture de la section Forum (consacrée aux films "aventureux"), My Winnipeg, de Guy Maddin. Le cinéaste canadien emprunte aux premiers âges du cinéma (le noir et blanc, les paroxysmes d'expression, la coupure entre son et image) pour réaliser des films rêveurs et obsédants. My Winnipeg est son premier documentaire. "Je voulais réaliser un "travelogue", comme ceux que je voyais dans mon enfance", explique-t-il. Les "travelogues" étaient des projections accompagnées des commentaires d'un conférencier.

Et Guy Maddin s'est installé sous l'écran du Delphi pour dire les charmes de sa ville natale, en plein milieu du Canada, une cité surgie de nulle part au début du XXe siècle. Solennellement, il mélange les luttes sociales des années 1920 et de pures élucubrations, comme une séance spirite dans un temple maçonnique, réunissant mère maquerelle et notables.

En 2007, le réalisateur avait présenté à Berlin Brand Upon the Brain, dont Isabella Rossellini a lu le texte sur scène, accompagnée par un orchestre. Ces dispositifs interdisent aux films de circuler largement, et le système Maddin est à la merci de ses bienfaiteurs. Pour My Winnipeg, il s'agit d'une chaîne câblée, The Documentary Channel. "J'aime travailler à la commande. Je mets plus d'énergie à ne pas décevoir les autres qu'à ne pas me décevoir moi-même", explique le cinéaste-conférencier.

My Winnipeg va fouiller dans les recoins les plus intimes de l'enfance de Guy Maddin, une exploration entamée depuis quelques années et qui touche à sa fin. A 51 ans, il se sent prêt à quitter le Manitoba et à se rapprocher des contraintes du cinéma commercial "dans deux ou trois films". Il a déjà rencontré le producteur hollywoodien Scott Rudin (No Country for Old Men) pour une "parade nuptiale". En attendant que ce flirt aboutisse, il prépare un "labyrinthe cinématographique" dans lequel on pourra bientôt se perdre, quelque part sur la Toile.

Thomas Sotinel
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