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Critique

"La Ronde de nuit" : meurtre dans un tableau hollandais

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En 1642, le peintre Rembrandt accepte une commande : un portrait de groupe de la milice civile d'Amsterdam. Prouesse esthétique, ce tableau intitulé La Ronde de nuit recèle un certain nombre d'énigmes à partir desquelles Peter Greenaway signe ce film éblouissant de maîtrise technique (en particulier par sa dextérité à restituer les éclairages du maître hollandais) où se superposent trois niveaux de lecture.

D'abord, une biographie de l'artiste axée sur ses trois femmes et sur la déchéance sociale dont il fut victime, riche collectionneur d'objets précieux brutalement discrédité et jeté dans la misère. Ensuite, un décryptage de la toile, selon des hypothèses fictives qui soupçonnent Rembrandt d'y avoir dénoncé un crime et accusé les douze familles ploutocrates qui régnaient alors sur Amsterdam, cité de toutes les corruptions.

Enfin, une réflexion sur le rôle du sexe et de l'argent dans l'art, la subversion de l'artiste et la vengeance des puissants, la valeur historique d'une oeuvre picturale témoignant des vices d'une époque, et l'idée (audacieuse) d'un Rembrandt inventant le cinéma.

Se jouant des lumières et des ombres, le dispositif mis en place par Peter Greenaway est théâtral. Tout (ou presque) se joue sur un plateau sur fond noir, tour à tour grouillant de figurants lorsque Greenaway évoque le tableau, la conspiration, la société hollandaise, et centré sur un lit à baldaquin ou un atelier vide pour les épisodes intimes. Le jeu des comédiens est au diapason de ce parti pris.

INDICES D'UN DÉRÈGLEMENT

La Ronde de nuit apparaît, vingt-cinq ans plus tard, comme une déclinaison du premier film de Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais. Située en 1694, cette énigme policière en costume, avec liaisons dangereuses sur fond de révolution financière et dédales de machinations sordides, dépeignait déjà un règlement de comptes social contre un paysagiste renommé chargé de peindre une série de tableaux d'un château avec son parc, et proposait au spectateur de trouver les indices d'un dérèglement sur les dessins de l'artiste.

Il s'agissait alors de trouver une échelle, une paire de bottes, un cheval ou un cadavre impromptu dans le site, injures aux bienséances. Comme il s'agit cette fois de s'interroger sur les significations du costume noir satanique du personnage qui figure au centre de La Ronde de nuit, de l'ombre de la main de ce dernier sur le ventre de son comparse de gauche, de l'adolescent au visage caché en train de tirer avec un mousquet... : il y a dix-huit mystères dans ce tableau à trente-quatre personnages.

La proposition du cinéaste est ludique, mais non dénuée de sens. Dans les deux cas, Greenaway s'intéresse au peintre en marge. Le paysagiste de Meurtre... et le Rembrandt de La Ronde de nuit sont deux outsiders, des artistes tentant de s'intégrer au sein de l'establishment, singeant les membres de la bonne société, mais finissant par tout gâcher. "Un phénomène fascinant, dit Greenaway, qui reste vrai dans le Londres d'aujourd'hui."


"La Ronde de nuit" de Peter Greenaway. Film européen avec Martin Freemann, Eva Birthisle, Jodhi Mah (2 h 16.)

Jean-Luc Douin
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Scène du film "La Ronde de nuit", film européen de Peter Greenaway avec Martin Freemann, Eva Birthisle, Jodhi Mah (2 h 16.).
© Bac Films
Scène du film "La Ronde de nuit", film européen de Peter Greenaway avec Martin Freemann, Eva Birthisle, Jodhi Mah (2 h 16.).
Vos réactions
Le Mosellan :
«
Idée intéressante de puiser son inspiration dans un tableau célébrissime.Mais ce n'est pas nouveau.Akira Kurosawa le faisait avec Dreams.Le rêveur pénètre dans un tableau de Van Gogh et se promène dans sa réalité reconstituée.La fiction et la réalité sont ainsi interchangeables.Mais Akira n'était pas seul à y croire. Woody Allen aussi,avec sa Rose pourpre du Caire,film dans le film bien meilleur que la Nuit Américaine de Truffaut.Akira, lui,était vraiment génial dans son film dans le tableau.