Trouvez une séance sur telerama.fr
Critique

"Dans la vie" : duo de femmes déracinées sous le soleil de Provence

Réagissez à cet article Réagir Classez cet article Classer Envoyez cet article par e-mail E-mail Imprimez cet article Imprimer Partager
Zohra Mouffok dans le film français de Philippe Faucon, "Dans la vie".
PYRAMIDE DISTRIBUTION
Zohra Mouffok dans le film français de Philippe Faucon, "Dans la vie".

Qu'est-ce qu'on peut faire avec de bonnes intentions, de bons sentiments ? Un film, répond Philippe Faucon, au mépris de tous les lieux communs sur le revêtement de sol de l'enfer. Dans la vie, qui raconte une histoire de juifs et de musulmans à Toulon, s'empare du sujet qui fâche par excellence (pour ne pas dire de la plus sanglante des pommes de discorde) pour réaliser une comédie ensoleillée qui tourne résolument le dos au malheur.

Le geste est beau, inattendu aussi - le dernier film de Faucon, La Trahison, mettait en scène la guerre d'Algérie et les précédents (Sabine, Samia) s'intéressaient plus à ce qui sépare le genre humain du bonheur qu'à ce dernier. Cet effet de surprise permet à Dans la vie de surpasser ses défauts - un programme pédagogique un peu trop évident, une distribution inégale et un scénario parfois schématique - pour ne laisser, au bout de sa très brève durée, qu'une sensation d'apaisement.

PARTITION DÉLICATE

A Toulon, donc, Sélima (Sabrina Ben Abdallah), une jeune infirmière qui vient de s'établir à son compte, se présente chez un médecin juif (Philippe Faucon, pas très à l'aise de ce côté-ci de la caméra) qui lui propose de prendre en charge Esther (Ariane Jacquot), sa mère impotente et irascible qui consomme infirmières et auxiliaires de vie au rythme où Humphrey Bogart finissait ses paquets de cigarettes.

Sélima est une femme moderne, qui cache une partie de sa vie de célibataire libre (son petit ami est d'origine subsaharienne, elle fume et boit parfois de l'alcool) à sa famille algérienne. Comme les parents de son infirmière, Esther est née en Algérie, et ce lien du sol fait un puissant antidote à l'humeur acariâtre de l'infirme qui bientôt ne jure plus que par Sélima. Celle-ci fait appel à sa mère Halima (Zohra Mouffok) afin qu'Esther soit à chaque heure de sa vie entre des mains familières. Halima n'a jamais travaillé en dehors de chez elle et se découvre un appétit pour l'inconnu.

Même si elle déverse des tombereaux d'insultes à l'endroit d'Israël quand la télévision montre des images de la guerre au Liban, elle se lance dans l'exploration de la culture juive, de la religion à la gastronomie, avec un enthousiasme d'étudiante en ethnologie. Flattée par cette curiosité, Esther se laisse entraîner à son tour dans le quotidien d'une Algérienne en Provence. Pour ce duo de vieilles femmes déracinées, Philippe Faucon (et trois autres scénaristes, sa femme Yasmina Nini-Faucon, le cinéaste William Karel et Sarah Saada) a écrit une partition délicate, qui mêle les instants quotidiens (la cuisine, le hammam) et le bruit du monde (les nouvelles de l'intervention israélienne au Liban).

C'est sans doute dans la mise en scène de ce continuo dissonant de la guerre et de l'hostilité irraisonnée que Dans la vie déçoit un peu. La vieille Halima a décidé d'utiliser l'argent gagné chez Esther pour financer son pèlerinage à La Mecque. Elle se heurte à la réprobation de ses fils ; plus tôt dans le film, sa fille a encouru l'opprobre de cousines voilées. Dans ces moments de démonstration, Philippe Faucon semble poser les briques de ses arguments et perd la grâce qui baigne le reste du film.

Car Dans la vie est un film d'abord gracieux qui pousse naturellement dans l'air et la lumière de la ville où il a été tourné. Comme à son habitude, Philippe Faucon a fait appel à des comédiens non professionnels, mais il n'a pas dû être surpris en découvrant qu'Ariane Jacquot et Zohra Mouffok, les interprètes de ses deux matriarches méditerranéennes, étaient des femmes de spectacle, capables de colères spectaculaires comme de rires homériques.

C'est quand il n'explique rien, quand il laisse les dialogues banals de tous les jours se dérouler paresseusement dans l'air du Midi - au long d'une formidable séquence à la plage, par exemple - que Dans la vie parvient à ses fins, à montrer la possibilité du bonheur et de sa condition première, la paix.


Film français de Philippe Faucon avec Sabrina Ben Abdallah, Zohra Mouffok, Ariane Jacquot. (1 h 13.)

Thomas Sotinel
Réagissez à cet article Réagir Classez cet article Classer Envoyez cet article par e-mail E-mail Imprimez cet article Imprimer Recommandez cet article Recommander
Partager: del.icio.us Facebook Digg! Wikio Scoopeo BlogMarks
RÉACTIONS DES ABONNES DU MONDE.FR
"Dans la vie" : duo de femmes déracinées sous le soleil de Provence

Soyez le premier à réagir à cet article