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Critique

"Les Toilettes du pape" : papauté et contrebande

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"Les Toilettes du pape" ("El Baño del Papa") est un film cruel, mais cette dureté tient à sa seule lucidité.
PIERRE GRISE DISTRIBUTION
"Les Toilettes du pape" ("El Baño del Papa") est un film cruel, mais cette dureté tient à sa seule lucidité.

Avant d'expliquer le titre, il faut parler de l'espace dans lequel surgit cet édicule pontifical. C'est lui qu'on découvre en premier : une région un peu informe, collines basses, prairies à vaches et routes mal entretenues, sous un ciel immense. On est à la frontière entre trois pays, l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil. Et cette région perdue est sillonnée par des cyclistes. La caméra suit un groupe qui pédale comme des dératés. Ils sont uruguayens de nationalité, contrebandiers de métier. Pas de la grosse contrebande, juste ce qui peut tenir sur le porte-bagages d'une bicyclette : des pains de savon, des boîtes d'allumettes.

Ils suivent les routes et ne les quittent qu'à l'approche d'un poste-frontière. Le peloton que suit la caméra vient de Melo, un village uruguayen. Au centre, il y a Beto (César Troncoso), un moustachu sympathique dont l'intelligence n'est pas tout à fait à la hauteur des ambitions.

La première partie de ce film à la construction très classique est consacrée à la chronique de la vie des contrebandiers, à leur perpétuelle partie de cache-cache avec le douanier volant, un homme corrompu qui vient jusque dans ce village reculé incarner la déchéance de l'Etat. Mais aussi aux beuveries chaleureuses dans le troquet de Melo et aux efforts de Carmen (Virginia Mendez), la femme de Melo, pour maintenir la famille à flot.

Le film se passe en 1988, au moment où Jean Paul II visite la région. Les médias (en l'occurrence une calamiteuse télévision locale) apprennent aux citoyens de Melo que le souverain pontife célébrera chez eux une messe en plein air. Pour sortir de leur misère, les habitants de Melo se lancent à corps (et à fonds) perdu dans l'achat de vivres et de boissons destinés aux dizaines de milliers de fidèles qu'on leur annonce. Beto, lui, joue la carte du développement durable et décide de construire un cabinet d'aisances.

DEUXIÈME VOIX

La situation a de quoi nourrir la satire, et les cinéastes (César Charlone a aussi signé la photographie, Enrique Fernandez, natif de Melo, a écrit le scénario) exploitent habilement cette veine. Les Toilettes du pape est un film cruel, mais cette dureté tient à sa seule lucidité. La naïveté des habitants, le matraquage des médias, la corruption et la brutalité des détenteurs de l'autorité, douaniers ou militaires, fournissent tous les ingrédients nécessaires à la confection d'un désastre qui tourne en ridicule aussi bien le héros (quasi invisible) de la journée que ses adorateurs.

Cette vigoureuse moquerie, qui vire parfois à la colère, a pour objet la pauvreté et non les pauvres. On y trouve aussi la violente mélancolie qui irriguait les films d'un autre duo uruguayen, Juan Pablo Rebella et Pablo Stoll, 25 Watts et Whisky. Le film y adjoint une deuxième voix, plus douce, qui s'attache aux personnages et à leur pays. Beto, sa famille et ses collègues existent de plein droit, bien au-delà des conditions dérisoires de leur existence quotidienne. Il est d'ailleurs impossible de distinguer comédiens professionnels (le héros et son épouse) des amateurs recrutés sur place. Et ce pays cruel pour ses habitants prend, devant l'objectif de Charlone, une grandeur imprévue.


Film uruguayen d'Enrique Fernandez et César Charlone avec César Troncoso, Virginia Mendez. (1 h 35.)

Thomas Sotinel
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Vos réactions
Alexis B. :
«
Petite précision, la ville de Melo se trouve a environ 500km de la frontière argentine! La contrebande se fait entre le Brésil et l'Uruguay mais l'Argentine n'a rien à voir là dedans. La seule ville située au trois frontière est Bella Union. Et pour les voyageurs je leur recommande d'aller faire un tour dans ces villes à la frontière entre l'Uruguay et le Brésil (Chuy, Rivera, Artigas, Rio Branco...), sortes de no man's land qui permettent d'aborder de façon concrète la réalité uruguayenne