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Critique

"A bord du Darjeeling Limited" : longue session de thérapie familiale dans un train indien

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Adrien Brody, Jason Schwartzman et Owen Wilson dans le film américain de Wes Anderson, "A bord du Darjeeling Limited" ("The Darjeeling Limited"), sorti en salles mercredi 19 mars 2008.
20TH CENTURY FOX
Adrien Brody, Jason Schwartzman et Owen Wilson dans le film américain de Wes Anderson, "A bord du Darjeeling Limited" ("The Darjeeling Limited"), sorti en salles mercredi 19 mars 2008.

En exergue de l'oeuvre de Wes Anderson, on peut mettre ces vers de Sheila : "La famille ça fait partie/des p'tits soucis quotidiens." Depuis Rushmore, son deuxième long métrage, Wes Anderson a construit avec délicatesse et fantaisie des familles improbables (bourgeoisie new-yorkaise dysfonctionnelle dans La Famille Tennenbaum, océanographes en goguette dans La Vie aquatique de Steve Zissou) qui toutes tournent autour d'une figure paternelle incarnée par Bill Murray.

POURQUOI PAS

A bord du Darjeeling Limited liquide rapidement le paternel, le temps d'un prologue dans une gare indienne où l'on voit Bill Murray courir en vain après un train - le Darjeeling Limited. Le convoi s'ébranle, et Murray reste sur le quai pour ne plus jamais réapparaître.

Tout l'enjeu du film est de savoir comment Wes Anderson va survivre à ce meurtre symbolique. La réponse est un peu inquiétante, A bord du Darjeeling Limited a conservé l'aspect - précieux et chantourné - des précédents films d'Anderson, mais a perdu l'aura de mystère et de perversité qui les entourait.

L'un des compartiments de première classe du convoi est occupé par une fratrie américaine : Peter (Adrien Brody) et Jack (Jason Schwartzman) Whitman ont répondu à l'invitation de leur frère Francis (Owen Wilson) qui les a conviés à un voyage de découvertes spirituelles, un an après la mort de leur père.

Francis leur a caché - pas très adroitement - leur vraie destination : un couvent catholique sur les contreforts de l'Himalaya où leur mère, Patricia (Anjelica Huston), a pris le voile.

SCÉNARIO INVENTIF

Au fil des kilomètres, le voyage se transforme en longue session de thérapie familiale. Les souffrances et les rancoeurs accumulées remontent à l'air surchauffé, Peter est paniqué à l'idée de sa prochaine paternité, Jack poursuit sans joie sa carrière d'érotomane, Francis s'essaie sans grand succès au rôle de patriarche. Récemment encore, Wes Anderson chorégraphiait ces figures universellement familières en un ballet baroque qui leur conférait une nouveauté, une grâce qu'on ne leur connaît plus dans la vraie vie.

On devine que le réalisateur a compté sur l'Inde, sur sa culture, son art, sa langue, pour jeter une nouvelle lumière sur les affres oedipiennes d'une famille new-yorkaise. Peut-être parce que cette réalité indienne est trop forte, même passée au filtre d'un scénario inventif, l'effet est exactement inverse : les personnages ne sont plus touchants, mais irritants, les situations ne sont plus joyeusement délirantes, mais tristement absurdes.

Reste que la manière de Wes Anderson est toujours aussi assurée et charmeuse, si bien que l'on peut presque oublier cette déception en s'abreuvant de trouvailles de décor ou de mise en scène, en se satisfaisant du spectacle d'acteurs au travail.

Pour les bagages monogrammés de la fratrie Whitman ou l'exquis personnage d'hôtesse du rail que joue Amara Karan, on peut monter A bord du Darjeeling Limited sans craindre l'ennui.

On rêve quand même ce qui aurait pu être, d'autant plus fort que le film est précédé d'un court métrage, Hôtel Chevallier, qui met en scène Jason Schwartzman dans le rôle de Peter Whitman et Natalie Portman dans le rôle d'une maîtresse toxique dont il n'arrive pas à se défaire. C'était peut-être là, du côté du duel entre hommes et femmes, que Wes Anderson aurait dû s'aventurer.


Film américain de Wes Anderson avec Owen Wilson, Jason Schwartzman, Adrien Brody, Anjelica Huston. (1 h 31.)

Thomas Sotinel
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Vos réactions
Fargo :
«
Le critique n'est guère emballé par ce film qui mérite mieux surtout lors d'une période qui voit tout le monde se précipiter à Bergues, Nord... Et bien qu'il prétende que Bill Murray ne réapparait plus, on le revoit vers la fin dans un train imaginaire transportant tous les personnages rencontrés depuis le début de l'histoire et même avant (Natalie Portman)...