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"La Zona, propriété privée" : sauver le ghetto des riches

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Une image du film mexicaio-espagnol de Rodrigo Pla, "La Zona, propriété privée" ("La Zona").
MEMENTO FILMS
Une image du film mexicano-espagnol de Rodrigo Pla, "La Zona, propriété privée" ("La Zona").

Dans une zone pavillonnaire, un petit garçon en uniforme, l'air sévère, exécute méthodiquement une série de gestes d'agent de la circulation pour arrêter un gros 4 × 4. Ainsi commence La Zona, propriété privée, saisissant polar politique qui a récolté une moisson de récompenses (Lion du futur à Venise, Prix de la critique internationale à Toronto). En dépit de l'onirisme de cette première scène, il ne s'agit ni d'un film de science-fiction ni d'un conte fantastique.

Férocement naturaliste au contraire, ce premier long métrage du Mexicain Rodrigo Pla se situe dans un domaine sur les hauteurs de Mexico, protégé par un mur rehaussé de barbelés et surveillé par des caméras vidéo. La Zona est une cité privée pour familles fortunées, comme il en essaime aujourd'hui en Amérique du Sud, aux Etats-Unis, ou en Europe. La vie se passe entre soi, sans frottement, dans une atmosphère aseptisée et claustrophobe.

Avec le décor de fin du monde que l'on découvre peu après au pied de la forteresse, le contraste est dur. La nuit, par un violent orage, un panneau publicitaire se fracasse sur les barbelés de La Zona et court-circuite le système de surveillance. Abrités dans la carcasse d'un vieux bus pour partager de brefs moments d'intimité amoureuse, des gamins des rues assistent à l'incident et en profitent pour s'engouffrer chez l'ennemi. Ils pénètrent dans la maison la plus proche, le cambriolage tourne mal, des balles fusent. Un gardien est tué. Deux garçons sont abattus par des riverains. Le troisième prend la fuite.

Le film suit alors l'emballement qui gagne cette communauté scellée par la peur et armée jusqu'aux dents. Réunis en comité extraordinaire, les habitants décident à la majorité d'étouffer l'affaire, de faire disparaître les cadavres, et de se faire justice. Les quelques voix contestataires sont sommées de se taire. Dans ce domaine qui en avait déjà les attributs symboliques, un régime ouvertement fasciste s'instaure.

Les hommes s'organisent en milice privée, conduisent des battues pour retrouver le troisième cambrioleur et l'abattre. Ils se livrent à des actes d'une barbarie inouïe que le cinéaste a l'intelligence de laisser hors champ. Commises au nom de la sécurité collective, les atrocités se révèlent, pour la plupart, au gré de la rhétorique d'individus sûrs de leur bon droit et parés des attributs de la respectabilité.

Allégorie du repli sécuritaire qui touche le monde occidental depuis les attentats du 11 septembre 2001, le film s'étoffe avec l'enquête d'un policier têtu qui flaire le scandale. Il est sous-tendu par l'éveil de la conscience d'un adolescent qui tombe nez à nez, dans sa cave, avec le jeune cambrioleur.

LA PETITE LUEUR

Prêt à le livrer en pâture à la communauté de La Zona, le jeune bourgeois se ravise, fournit au va-nu-pieds quelques vivres et l'enjoint de s'enfuir. Ce premier geste de résistance spontanée, mal assumé car contraire aux convictions qu'il partageait avec son père et ses amis, l'entraîne malgré lui dans un dialogue avec son protégé. Peu à peu, le regard qu'il porte sur lui évolue. La peur de l'étranger à abattre, de la classe dangereuse, cède le pas à un sentiment de solidarité.

Rien pourtant ne peut enrayer la mécanique mortifère de La Zona. Malgré la petite lueur portée par ce cheminement individuel, l'intrigue avance à tombeau ouvert vers un cocktail macabre de corruption, de violence, de mort. Avec une efficacité terrassante - trop peut-être, ce serait là la limite du film -, elle met à jour la manière dont sont à l'oeuvre les cauchemars d'anticipation formulés il y a soixante ans par George Orwell.


Film mexicano-espagnol de Rodrigo Pla avec Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu, Carlos Bardem, Daniel Tovar. (1 h 38.)

Isabelle Regnier
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