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Sans se situer à proprement parler dans la veine expérimentale du cinéma, Des Indes à la planète Mars relève incontestablement de l'expérimentation sur ses puissances d'évocation. Co-réalisé par Christian Merlhiot et Matthieu Orléan, cet étonnant documentaire se déroule presque intégralement à l'intérieur d'un studio d'enregistrement radiophonique, autour d'une table où sont assis quatre acteurs (Mireille Perrier, Edith Scob, Boris Alestchenkoff et Jean-Christophe Bouvet), et derrière laquelle un cinquième se tient debout (Jacques Bonnaffé). A travers l'exercice de lecture collective à laquelle ils se livrent en ce lieu neutre, le film nous conduit pourtant dans un espace imaginaire envoûtant.
À VOIR
Le texte lu est tiré du compte rendu d'une série de séances de spiritisme qui ont eu lieu entre 1894 et 1897 et au cours desquelles une médium, Catherine-Elise Müller, a vécu, devant témoins, des expériences de métempsychose (réincarnation dans un corps humain, animal ou un végétal) qui l'ont conduite à voyager mentalement aux Indes, et sur la planète Mars. Observée et questionnée pendant ces séances par plusieurs personnes, dont le professeur de psychologie Théodore Flournoy, elle a transmis ses visions, et communiqué à travers elles des bribes de langues imaginaires censées être de l'hindou et du martien.
Filmée dans des plans-séquences glissants, quasi hypnotiques, la parole s'autonomise peu à peu, au point de faire oublier le studio d'enregistrement, et de transformer, insensiblement, les acteurs-lecteurs en de véritables personnages. L'intensité de l'expérience médiumnique représentée, la poétique des langues inventées, propulsent le film dans un ailleurs bizarre et font naître, chez le spectateur, tout un flot d'images mentales qui dialoguent avec le récit. En contre-point, de courtes séquences muettes filmées en Inde s'intercalent entre les séances tournées dans le studio, et achèvent de nimber le film d'un parfum de mystère.
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