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Critique

"Un roman policier" : le polar bien troussé de Stéphanie Duvivier

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Marie-Laure Descoureaux dans le film français de Stéphanie Duvivier, "Un roman policier".
ZELIG FILMS
Marie-Laure Descoureaux dans le film français de Stéphanie Duvivier, "Un roman policier".

A première vue, c'est un polar comme on en voit à la télé : un petit commissariat de banlieue, avec des flics gérant de pair leurs propres soucis et la difficulté à endiguer les délinquances dans un contexte social où les Arabes sont suspects, même quand ils sont dans la police ou quand ils dénoncent des voyous. Sauf qu'ici, rien n'est comme d'habitude. Le lieutenant Carange, chef du commissariat, est une femme, petite blonde boulotte, mère de famille en manque sexuel, attirée par un jeune stagiaire beau gosse.

Celui-ci s'appelle Jamil Messaouden, et il a le double handicap d'être basané et sans foi ni loi. Homme de terrain, impatient d'en découdre avec les criminels sans nécessairement "respecter les règles", il utilise des méthodes efficaces mais peu orthodoxes.

PLANQUE ILLICITE ET FUSILLADE

C'est la volonté de Stéphanie Duvivier de trousser un film "incorrect" qui séduit. Non qu'elle prône la justice expéditive : elle se contente de constater que la police est à l'image de la société, peuplée de fonctionnaires à problèmes, de justiciers prompts à utiliser leur arme comme de trouillards. En fait, elle s'intéresse à des personnages et ne distille aucun discours. Et ces personnages renvoient à la fois à une réalité complexe et à une psychologie sociale inconfortable. On pourrait lui reprocher le profil du flic de la brigade des stups incarné par Olivier Marchal, grande gueule pataude, désabusé et dépassé par les événements à cause de la transe amoureuse où le met une tenancière de bar arabe. Pourtant, ce John Wayne décavé est à l'unisson d'une galerie de "types" sociaux qui, tous, ont leurs raisons.

Ces raisons n'excusent rien. Stéphanie Duvivier se délecte juste à observer comment elles influent sur leurs comportements. Car ce qui l'intéresse, c'est l'ivresse ou l'inconscience du dérapage, illustrée à deux reprises par la perte de contrôle d'un véhicule.

Planque illicite et fusillade, étreinte sexuelle de la flic gradée et du stagiaire rebeu, fiesta entre flics et clients maghrébins dans un café : les moments forts d'Un roman policier explorent l'inconfort d'un double jeu, la transgression d'un refoulé, des heures nocturnes, où l'instinct de justice, l'instinct de vie, l'instinct sexuel prennent le pas sur la frustration. Stéphanie Duvivier traque la jouissance incontrôlée et son triomphe sur l'impuissance.


Film français de Stéphanie Duvivier avec Marie-Laure Descoureaux, Abdelhafid Metalsi, Olivier Marchal, Hiam Abbass. (1 h 37.)

Jean-Luc Douin
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