![]() |
![]() |
| |||||||||||
A 36 ans, le beau Stefano rejoue le retour du fils prodigue. Il avait quitté les siens pour aller conquérir la gloire, mais sur le plan professionnel comme sur le plan sentimental, son bilan accumule les fiascos. Guitariste de rock, il végète dans un groupe qui ne fait plus la "une" des magazines et dort entre deux concerts sur des divans défoncés. Rentré chez lui à l'improviste, il découvre sa compagne au lit avec un musicien plus branché. Une visite chez ses parents de province lui paraît la meilleure solution.
A voir
Ancien élève de Nanni Moretti, et jadis sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes (pour Dans la mêlée, 1995), Gianni Zanasi apparaît comme l'un des rares cinéastes italiens actuels dignes de ses illustres prédécesseurs. Le vieux Mario Monicelli ne s'y est pas trompé, qui salue en Ciao Stefano ce qui faisait le suc des comédies italiennes d'antan : "un film frais, léger" en apparence, sous lequel "perce une substance dramatique, tragique même".
POLITESSE DU DÉSESPOIR
Le charme et la profondeur du film viennent de cette fausse allégresse, politesse d'un certain désespoir, avec laquelle le héros retrouve sa famille. Et de la radiographie sociale et politique que reflète ce séjour impromptu. Prêt à masquer son caractère dépressif sous une douce ironie, faisant mine même de montrer l'exemple d'une certaine joie de vivre enfantine pour distraire neveu et nièce, notre homme va se rendre compte que ceux qu'il avait laissés dans son Emilie natale se portent encore plus mal que lui.
Remis d'un infarctus, son père a lâché les rênes de sa florissante entreprise de fruits à l'eau-de-vie pour se consacrer au golf. Déstabilisé par l'imminence d'un divorce et le blues économique, le fils aîné se révèle incapable de sauver ladite entreprise de la faillite et se laisse bercer par l'illusion d'une aventure amoureuse avec une call-girl. La mère, elle, ressent le besoin de se vouer à un gourou qui lui enseigne les "techniques chamaniques", tandis que la jeune soeur, inexplicablement célibataire au regard de ses charmes, a lâché la fac pour s'occuper de dauphins dans un parc aquatique.
C'est donc à un inventaire de spleen et de désillusions que nous invite le Stefano (sans doute assez autobiographique) de Gianni Zanasi, dans un climat politique dont Berlusconi porte la responsabilité. De saynètes drolatiques en méprises, d'autos tamponneuses en trouble identitaire, de musique d'opérette en sabotage d'usine, de gamineries et flirt romantique en tentative de suicide, révélation d'un secret de famille et aveu d'impuissance d'un jeune député local, Stefano fait sa crise, mais devient celui dont les autres ont besoin, prend les choses en main avant de repartir sur la route de la vie à dos d'âne, en regrettant l'époque d'insouciance où chacun préférait taire ses vérités pas bonnes à dire.
Ciao Stefano de Gianni Zanasi. Film italien. Avec Valerio Mastandrea, Anita Caprioli, Giuseppe Battiston. (1 h 44.)
|