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BERLIN ENVOYÉ SPÉCIAL
Tout au long de cette journée d'ouverture de la 58e Berlinale, jeudi 7 février, le monde du cinéma a été pris de frissons rock'n'roll. Pour inaugurer les festivités, le directeur du festival, Dieter Kosslick, avait obtenu de pouvoir projeter le nouveau film d'un des cinéastes les plus prestigieux de la planète, Martin Scorsese. Mais la présence du réalisateur de Raging Bull (présenté hors compétition à Berlin en 1981) était éclipsée par celle de ses vedettes, Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood et Charlie Watts.
Shine A Light, le nouveau long métrage de Scorsese, est pour l'essentiel constitué de la captation d'un concert donné le 31 octobre 2006 au Beacon Theatre, une salle new-yorkaise qui va sur ses 80 ans. Tourné avec une multitude (17) de caméras, Shine A Light évoque et contredit un autre film de Scorsese, The Last Waltz, tourné en 1976 lors du dernier concert de The Band. Il y a trente-deux ans, le cinéaste qui venait de parvenir à la gloire contemplait ses contemporains - Bob Dylan, Eric Clapton, Joni Mitchell... - à l'orée de l'âge mûr. Aujourd'hui, membre de l'aristocratie du spectacle née du baby-boom, il filme ses pairs vieillis qui refusent de lâcher prise.
Et pourquoi le feraient-ils ? A Berlin, il a fallu rajouter une projection de presse supplémentaire et la salle qui accueille les conférences de presse a dû fermer ses portes trois quarts d'heure à l'avance tant elle était comble. L'échange avec les journalistes a été bref et détendu. Scorsese et Jagger ont expliqué que les disputes entre metteur en scène et chanteur que l'on voit au début de Shine A Light étaient une exagération de la réalité, et Keith Richards a félicité Scorsese de l'avoir "laissé jouer comme s'il n'y avait rien de spécial ce soir-là". Pourtant le dispositif technique est impressionnant, le film est très découpé, les angles de prise de vue changent en permanence, le rythme est calqué sur la frénésie permanente qui habite Mick Jagger sur scène - même celle du Berlinale Palast.
Quand les Stones sont montés sur scène juste avant la projection officielle du film au terme d'une cérémonie d'ouverture aussi ennuyeuse qu'à l'habitude, Jagger s'est saisi du micro et s'est adressé au public en tenue de soirée comme il parlait, il y a quelques mois, aux jeunes filles du Beacon Theatre (dans Shine A Light, le public des premiers rangs avait fait l'objet d'un casting rigoureux), avec des résultats similaires.
UN JURY EN FORMATION RÉDUITE
Le festival va continuer à exploiter cette veine rock, avec un documentaire que Neil Young a réalisé sur la dernière tournée du quatuor qu'il forme avec David Crosby, Stephen Stills et Graham Nash et un film consacré à Patti Smith.
Il ne faut pas croire que Berlin a tourné le dos au cinéma. La compétition du festival, souvent critiquée, peut se prévaloir de la présence de plusieurs auteurs majeurs. Dès vendredi, on devait découvrir There Will Be Blood, la tragédie pétrolière de Paul Thomas Anderson, précédée de la formidable réputation que lui ont faite les critiques américains. Le documentariste Errol Morris affronte la pratique de la torture par les Etats-Unis dans Standard Operating Procedure.
Egalement présents, le Britannique Mike Leigh (Happy Go Lucky), le Coréen Hong Sang-soo (Nuit et jour) ou le Japonais Yohji Yamada (Notre Mère). La France est représentée par Lady Jane, de Robert Guédiguian, Julia, qui marque le retour d'Erick Zonca presque dix ans après La Vie rêvée des anges, et Il y a longtemps que je t'aime, le premier film du romancier Philippe Claudel.
Ces films seront départagés par un jury présidé par Costa Gavras. Le réalisateur de Z devra manoeuvrer en formation réduite. Après la défection de dernière minute de Sandrine Bonnaire et de la réalisatrice danoise Susan Bier, le jury ne compte plus que six membres : les actrices Diane Kruger et Shu Qi, le monteur américain Walter Murch, le directeur artistique allemand Uli Hanisch et le producteur russe Alexandre Rodnyansky.
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