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Marseille, correspondant régional
A un estaco, on attachait les bateaux. A l'Estaque, coin de Marseille abrité par des collines couvertes de carcasses d'usine, on attache encore des bateaux : quelques barques de pêcheurs ou de jouteurs, des voiliers et des hors-bord. Mais à l'Estaque, on va surtout flâner. En mangeant des chichis fregis, longs beignets sucrés à la fleur d'oranger qu'on découpe aux ciseaux, et des panisses, tranches frites de farine de maïs vendues à la douzaine.
Accès. Jusqu'à Marseille, par le TGV (voyages-sncf.com). Par la route : Port-Saint-Louis-du-Rhône dispose d'une grande aire municipale gratuite pour les camping-cars (quai Bonnardel).
Etape. Hôtel Le Tamaris face au Rhône, sur la route de la plage Napoléon. Tél. : 04-42-86-10-49.
Tables. A l'Estaque, trois chalets bleus sur le port vendent chichis-frégis et panisses. Le restaurant branché du lieu, Camors, sert de bons poissons (un peu chers), tél. : 04-91-46-58-21. L'Hippocampe, à la sortie du village et au fond d'un bassin du port désaffecté, offre un meilleur décor,mais on y mange moins bien, tél. : 04-91-03-83-78.
A Rove, Les Brousses, d'André Gouiran, est ouvert tous les jours : 17, avenue Isnardon, tél. : 04-91-09-92-33.
A Port-Saint-Louis-du-Rhône, le Passeport propose des spécialités de crustacés et mollusques à la plancha avec vue perchée sur le Rhône, tél. : 04-42-86-24-42. A Quai Ouest, pour une bonne pizza, tél. : 04-42-86-22-81.
Marchés. A Port-Saint-Louis-du-Rhône, mercredi et samedi matin. Spécialités de moules de carteau, élevées dans les eaux du golfe. A Carro, le marché aux poissons commence à 9 heures sur le quai.
Char à voile. Les plages et le vent de Port-Saint-Louis font du site un haut lieu pour cerfs-volants, funboard et chars à voile.
Spectacles. Basée au Citron jaune, la compagnie de spectacles de rue Ilotopie donne le programme au 04-42-48-40-04.
Lectures. Une Chronique de l'Estaque, de Dominique Pons (Ramsay, 2007, 275 p., 18 euros), les mésaventures hilarantes d'un acheteur de barque.
Le Rove, ses chèvres et ses collines, d'André Gouiran (éd. Tacussel, 193 p., 22 euros, 1999). Histoires de voir, histoires de vieux à Port-Saint-Louis-du-Rhône, 2001, 2004, de Bernard Lesaing (Carnets Images et Paroles de Transverscité, Aix, 2005).
Informations. Office du tourisme, tél. : 04-42-86-01-21 ou ot.portstlouis@visitprovence.com
Loin d'ici, ce port est mieux connu pour ses peintres que pour ses chichis : Cézanne, Monticelli, Marquet, Dufy et autres Derain y inventèrent les couleurs nouvelles du XXe siècle. On trouve leurs toiles dans les plus grands musées du monde, mais pas à Marseille. Robert Guédiguian, natif du lieu comme son acteur fétiche, Gérard Meylan, qui y vit, y a immortalisé des images de la fin du XXe siècle ; elles ont fait le tour des écrans du monde.
De l'Estaque, par un tunnel obscur, on part vers la Côte bleue, la côte populaire qui commence au Rove, village-rue cerné de caillasses. André Gouiran y élève des chèvres aux cornes en forme de lyre, les roves, dont il ne reste que quelques troupeaux dans le monde. Ce berger monte chaque jour sur les collines râpées et écrasées de soleil où ses bêtes, venues tout droit de la Grèce antique, paissent quelques herbes sèches. Il leur porte à boire en tirant de l'eau fraîche d'un puits : en récompense, elles lui donnent du lait, qu'il fait bouillir pour produire la brousse du Rove, dont la recette est répertoriée depuis au moins six siècles.
Du haut de ces collines, on domine l'immense baie de Marseille barrée par un chapelet d'îles qui évoquent irrésistiblement la baie de Foça, aujourd'hui en Turquie, et d'où, il y a vingt-six siècles, partirent les Phocéens pour fonder la plus vieille cité de France. A quelques échancrures dans les roches blanches, on devine des calanques qu'on atteint par des routes en montagnes russes. Blaise Cendrars vint se réfugier au-dessus de celle d'Ensuès-la-Redonne.
Aujourd'hui, ce sont les marcheurs du dimanche qui envahissent les lieux : sac au dos, ils gagnent les criques désertes, avant de revenir sur les petits ports enclavés de Méjean ou de Niolon pour attendre la fraîche et leur pizza.
ROYAUME DES CAMPINGS
Ce monde de cabanons, de villas perchées, d'agaves et de parties de boules, qu'une voie ferrée roulant sur des viaducs précédant des tunnels isole du monde, évoque les congés payés des ouvriers des quartiers Nord, les pique-niques improvisés et les soupes de poisson des grands-mères. Il est devenu celui des plaisanciers, des pêcheurs, des plongeurs, mais il garde cette esthétique de cabanons qui a fait la réputation locale, bonne et mauvaise.
Les plages qui prolongent à l'ouest ces calanques sans prestige restent populaires : royaume des campings où les caravanes installées à l'année sont tanquées dans le sol et entourées de barrières fantaisie : on va faire les courses à Carry-le-Rouet ou Sausset-les-Pins, devenus de véritables stations balnéaires.
Tout au bout de la route en cul-de-sac, Carro, quartier de Martigues, est resté un village de pêcheurs : au bout du quai, le matin, les femmes attendent le retour de L'Espaï, de L'Aventure ou de La Galère pour vendre la pêche du jour de leur homme. Sars, daurades, maquereaux, merlans, duntis, pageots, poissons de roche sont présentés sur les petits étals que le vent secoue. C'est là qu'il faut acheter : "Pas d'élevage sur ce port que des poissons sauvages", précise un anonyme au marqueur.
Mais la cité la moins connue et la plus déroutante de cette côte ouest, Port-Saint-Louis-du-R