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TRIPOLI ENVOYÉE SPÉCIALE
Ici, on ne regarde pas le touriste comme un portefeuille ambulant, dont il s'agit de soutirer les euros ou les dollars. Au contraire. Peu de pays offrent autant de tranquillité à leurs visiteurs étrangers. Encore méconnue, sauf des archéologues et de quelques passionnés de vieilles pierres, la Libye reste victime d'une mauvaise image due aux foucades, depuis trente-huit ans, de son dirigeant, le colonel Kadhafi.
Préambule. Mise au ban de la communauté internationale pour son soutien au terrorisme, la Libye ne sort de son isolement que depuis le début des années 2000. Cette longue période de "glaciation" se fait encore lourdement sentir : les Libyens parlent peu de langues étrangères, et les panneaux de signalisation ne sont rédigés qu'en arabe. Il est donc difficile de circuler et de s'y retrouver seul, sans guide. Reste qu'on peut flâner partout, dans les rues et les boutiques comme dans les souks, à Tripoli et ailleurs, sans se faire importuner. Nulle part le visiteur étranger n'est harcelé. Il est au contraire respecté et accueilli avec une immense courtoisie.
Formalités. Visa obligatoire (45 €). Aucun visa ou tampon d'entrée sur le territoire israélien ne doit y figurer. Les autorités libyennes imposent aux visiteurs d'être munis d'une traduction en langue arabe de leur passeport. Pour un voyage touristique, il est impératif de passer par un tour-opérateur.
Argent. Les cartes de crédit sont de peu d'utilité en Libye. Mieux vaut prévoir de l'argent liquide.
Saison. D'octobre à avril, avant les grandes chaleurs de l'été. Le tourisme culturel, sur la côte, peut se pratiquer toute l'année.
Accès. Depuis la levée des sanctions des Nations unies, les vols vers la Libye sont nombreux. Afriqiyah Airways est la seule compagnie à assurer des vols quotidiens sans escale de Paris à Tripoli (3 heures de vol, tél. : 01-42-96-49-96, à partir de 517 €).
Etapes. Les infrastructures hôtelières manquent cruellement. Les rares beaux hôtels, à Tripoli et Benghazi, sont destinés à la clientèle d'affaires. Des établissements de bon confort sont en construction. Si la qualité du service n'est pas toujours au rendez-vous, la gentillesse est générale et constante. Les Français sont particulièrement appréciés. Pas d'illusions pour les amateurs de bon vin : il est strictement impossible de boire une goutte d'alcool en Libye, pas même dans les grands hôtels. Inutile de tenter de faire passer quelques bouteilles dans vos bagages : elles seront scannées et détectées à l'arrivée à l'aéroport et confisquées.
Forfaits. Quelques voyagistes français, en lien avec des agences libyennes, proposent séjours en groupe ou à la carte. Notamment, Orients, avec un circuit de huit jours, "Cyrénaïque et tripolitaine" à partir de 1 760 €, et "Cités antiques et pays des Garamantes", de la côte au désert, en quinze jours, conduit par un conférencier : à partir de 2 765 € (groupe de 15 personnes), ou en individuel pour 100 € supplémentaires (tél. : 01-40-51-10-40, www.orients.com), Clio (tél. : 0-826-10-10-82), Intermèdes (tél. : 01-45-61-90-90).
Lecture.
La Libye grecque, romaine et byzantine, de Jean-Marie Blas de Roblès (Edisud, 2005).
Leptis Magna, d'André Laronde et Gérard Degeorge (Hermann, 2007).
Guide de la Libye, de Véronique et François Sarano (La Manufacture).
C'est pourtant l'une des plus belles destinations du bassin méditerranéen. Une terre vierge, surtout, où tout est à découvrir, au sens propre du terme. La Libye, c'est "le paradis de tout archéologue", comme le résume Jean-Marie Blas de Roblès, membre de la mission archéologique française dirigée par le professeur André Laronde. Quelque 70 % du passé de la Libye (carthaginoise, grecque, romaine, puis byzantine et enfin arabe) seraient encore enfouis sous le sable. Subratha et Leptis Magna, deux des sites antiques les mieux conservés de Libye, sont facilement accessibles par la route à partir de Tripoli, la capitale.
Situé en bord de mer, Subratha, comptoir carthaginois fondé au Ve siècle avant J.-C., passé ensuite aux mains des Romains, est aujourd'hui inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco. Servie par son port naturel, cette cité a longtemps tiré sa richesse de son commerce avec Rome : ivoire, plumes d'autruche et bêtes sauvages (importées d'Afrique noire) pour les jeux du cirque.
Tombée en désuétude à partir du IVe siècle, notamment en raison de l'un des nombreux tremblements de terre qui l'ont ébranlée tout au long de son histoire, Subratha ne sortira de l'oubli que dans les années 1930. Des archéologues italiens l'extirpent du sable, qui l'avait ensevelie au fil des ans et procèdent à sa réhabilitation.
Son théâtre romain - avec un mur de scène à trois étages - mérite à lui seul la visite. Il a été construit sous le règne de Septime Sévère (190 après J.-C.) et est considéré comme l'un des plus beaux et les plus grands d'Afrique. Il jouxte deux mausolées puniques, des temples, des statues de toute beauté (Aphrodite, Hercule, Zeus, Cupidon, Orphée...), des bustes et un magnifique petit musée.
Après avoir parcouru le site dans un silence absolu, seulement troublé par le bruit des vagues, le visiteur repart ébloui par tant de merveilles : la couleur rose et ocre des pierres, les mosaïques sur le sol comme autant de tapis en plein air, la mer si proche et si bleue...
Subratha a une grande rivale : Leptis Magna. Beaucoup affirment que, si l'on doit ne visiter qu'un site archéologique en Libye, il faut retenir celui-là ! Située à 120 kilomètres à l'est de Tripoli (en direction de Syrte et de la Cyrénaïque), Leptis Magna, elle aussi inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité, est en effet inoubliable. Aucune autre cité romaine n'a conservé de tels vestiges.
AGE D'OR
Fondée au XIe siècle avant J.-C. par les Phéniciens, conquise ensuite par les Carthaginois puis, après la chute de Carthage (146 avant J.-C.), par les Romains, Leptis Magna va connaître un âge d'or quand Septime Sévère, qui y est né, devient empereur de Rome. Le nouveau César favorise à outrance sa ville natale, y effectue de somptueux travaux, la recouvre de marbre importé de Grèce et d'Egypte, et en fait l'un des plus beaux joyaux de l'empire.
Tombée aux mains des Vandales au Ve siècle, abîmée elle aussi par plusieurs séismes, la "seconde Rome" finit par connaître le même sort que Subratha et par se laisser couler dans les sables du désert. Partiellement pillée par les Européens au XVIe siècle - les châteaux de Versailles et des Windsor abritent, paraît-il, nombre de ses marbres -, Leptis Magna refait surface au début du XXe siècle, là encore, grâce à des archéologues italiens.
Pour avoir une petite idée de ce qu'a été Leptis Magna, il faut déambuler dans la cité, emprunter ses rues, traverser ses carrefours, longer des murs de 2 à 3 mètres de haut, ou fouler la Voie à colonnes de marbre, couchées sur le sol comme des géants foudroyés par le tremblement de terre de 365 après J.-C.
Il faut voir le Forum, orné de plus d'une soixantaine de têtes de méduse (destinées à éloigner la malchance et les mauvais esprits), l'arc de Septime Sévère, les thermes d'Hadrien, l'amphithéâtre, l'hippodrome, le port... En toile de fond, encore et toujours, la mer, et les statues de Bacchus et Hercule, les deux divinités de la cité.
On ne peut pas quitter Leptis Magna sans avoir visité la villa Silin, à quelques kilomètres de là, installée sur un petit promontoire dominant une très jolie baie.
Découverte en 1974, cette villa romaine, la plus belle de Libye, a été miraculeusement sauvée par le sable qui l'a recouverte.
La demeure, qui appartenait sans doute à un riche propriétaire terrien, permet d'avoir un aperçu de la vie d'un notable romain au IIe siècle après J.-C.
Avec ses chambres d'enfants décorées de guirlandes de fleurs et de canards, ses thermes privés, son petit temple de prière et ses mosaïques, la villa Silin est un trésor à ne pas manquer.
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