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ARCACHON (GIRONDE) ENVOYÉ SPÉCIAL
D'un simple coup d'oeil au ciel, Dominique Aloir sait comment le temps va virer sur la baie d'Arcachon. Cela fait quarante et un ans qu'il est ostréiculteur, qu'il sort chaque jour ou presque, suivant le rythme des marées, pour aller s'occuper de ses huîtres. Moteur. Le Noroît quitte le port, Alexandre à la barre. Assis à côté de lui dans l'étroite cabine, Dominique Aloir roule une cigarette. Cap sur les parcs. Arcachon s'éloigne à peine.
Cette cité est née d'un coup de coeur et de quelques financiers assez fous et riches pour construire sur du sable. Les frères Pereire par exemple, Emile et Isaac, fondateurs de la Compagnie des chemins de fer du Midi, firent arriver le train au coeur de la station balnéaire, un luxe alors, dont profitèrent d'abord de grandes fortunes qui bâtirent des demeures à leur image, architecture baroque ou empruntée à la Suisse, références mauresques et même chinoises. La commune d'Arcachon a été officiellement créée le 2 mai 1857. Son premier maire, Alphonse Lamarque de Plaisance (1813-1880), en décida la devise : "Hier désert, aujourd'hui village, demain cité."
Il y avait déjà des pêcheurs dans la baie, et depuis longtemps. Et des coquillages aussi. Les huîtres d'Arcachon furent plates, puis plus pleines, portugaises. On était ostréiculteur de père en fils. Sauf Dominique Aloir qui s'est lancé dans l'activité sans raison familiale. Il avait 22 ans. Ce ne fut pas toujours des plus faciles. Il a le sentiment d'avoir fait ses preuves. A "60 ans passés", il va laisser l'exploitation à sa fille Stéphanie.
En attendant, le Noroît est amarré à un des poteaux noircis qui délimitent les parcs de chacun : "Dans celui-ci, raconte Dominique Aloir, les marées et les courants sont parfaits pour nourrir les huîtres." C'est là qu'elles arrivent à maturité, qu'elles sont affinées, comme il dit. Le travail du matin consiste à retourner et à secouer chaque poche, qui contient à peu près cent cinquante huîtres, "pour que celles qui sont dessous en profitent aussi". "C'est comme les bouteilles de vin que le vigneron tourne dans sa cave", compare Dominique Aloir. La tâche est accaparante, monotone, essentielle. A portée de regard, la dune du Pyla, magnifique de blancheur ce matin-là.
Arcachon a poussé, parfois un peu trop rapidement, comme certaines façades de son front de mer, tristes représentantes de la répétitive architecture maritime des années 1970. Mais la cité a gardé ses quatre principaux quartiers - les "villes" -, qui portent encore chacun un nom de saison. Dans la "ville" d'automne, des villas de maîtres aux goûts extravagants côtoient de petites maisons qui furent modestes avant la pression immobilière. La pierre de taille voisine avec la brique, les portes basses avec des marquises. Dans la "ville" d'hiver aussi tous les styles se mêlent, à perdre ses repères. Ses ruelles ont été tracées de manière à ce que le vent ne s'engouffre pas.
Il se lève justement sur la baie, le temps presse. Le Noroît se dirige vers un autre parc, celui où les huîtres de la taille d'un pouce commencent à grandir. Mêmes gestes pour retourner les poches, les secouer, les amarrer à nouveau aux tables de fer, mais ici la vase est profonde, chaque pas s'enfonce, chaque pas est épuisant. Et puis l'eau monte, il faut rentrer au port où se balancent doucement les bateaux de plaisance. Dans les restaurants, on commande des huîtres par douzaine.
L'office de tourisme d'Arcachon (tél. : 05-57-52-97-97 et www.arcachon.com) dispose d'un service de réservation pour des escales week-end à partir de 81 € par personne.
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