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LE BANC D'ARGUIN (MAURITANIE) ENVOYÉ SPÉCIAL
Bien sûr, on se sent un peu sot de ne pas connaître, ou si mal, les oiseaux qui, en cette fin de matinée d'hiver, quittent à tire-d'aile les îlots proches de la côte pour aller chercher leur pitance dans les zones envasées que la marée découvre lentement.
Dans la nuée bruyante qui frôle à vive allure la surface de l'eau on aimerait distinguer d'un simple coup d'oeil les sternes, les gravelots, les spatules, les barges rousses, les bécasseaux, les chevaliers aboyeurs... Mais on ne s'improvise pas ornithologue. Surtout au banc d'Arguin, le paradis des oiseaux migrateurs en Afrique de l'Ouest.
Accès. Trois compagnies aériennes desservent par des vols réguliers Nouakchott, la capitale, depuis Paris : Air France (à partir de 831 euros), Royal Air Maroc et Mauritania Airways, toute jeune compagnie, filiale de Tunis Air, née sur les décombres de la compagnie nationale Air Mauritanie. Les prix du billet varient beaucoup d'une compagnie à l'autre et selon la date de la réservation. Compter 700 euros au minimum. Un visa est obligatoire pour entrer dans le pays.
Saison. La meilleure période pour venir observer les oiseaux court d'octobre à mars. La température est clémente et les oiseaux migrateurs sont rassemblés par millions sur quelques îlots au large du banc d'Arguin.
Forfaits. Des circuits en groupe sont proposés par quelque voyagistes, notamment Nouvelles Frontières et Terres d'aventure.
Observation des oiseaux. Le moment le plus spectaculaire est celui où les oiseaux migrateurs quittent les îlots, où ils se refugient à marée haute, pour aller se nourrir dans les zones vasières qui longent la côte.
Pour aller les observer de près, il faut louer, à Iwik ou à Tessot, une lanche, une embarcation de pêche traditionnelle à voile, habituellement utilisée par les pêcheurs imraguen. Le prix de la location avec pilote d'une lanche pour 7 personnes est de l'ordre de 65 euros. La balade dure au minimum 6 heures.
Pêche. La pêche est réservée aux populations imraguen, mais dans un village (Arkeiss) il est possible de pratiquer la pêche sportive. La prise maximale autorisée est de 5 kg de poisson par personne.
Lectures. Les livres sur les Imraguen font l'objet d'une diffusion restreinte. On signalera Le Livre des Imraguen de Marie-Laure de Noray-Dardenne, éd. Buchet-Chastel et Une visite au PNBA. Itinéraire. Dans cet ouvrage érudit et complet, Philippe Gowthorpe fait une présentation des principales composantes naturelles du parc. Edition nationale de la Coopération française et du Parc du banc d'Arguin.
Se loger. Plusieurs hôtels de classe internationale existent à Nouakchott. On peut leur préférer un petit établissement, l'hôtel El Amane (00-222-525-21-78), situé au coeur de la partie ancienne de la capitale mauritanienne. Une trentaine de chambres simples mais confortables, et d'un prix modéré (compter 50 euros en moyenne). La cuisine proposée est bonne.
Dans le banc d'Arguin (4 heures de route et de piste depuis la capitale), le camping sauvage est interdit (des gardes veillent) mais des possibilités de logement sous la tente existent chez certains privés ou dans des campings créés par les communautés villageoises. Les prix sont raisonnables. La location d'une tente capable d'accueillir dix personnes ne dépasse pas 14 000 ouguiyas (soit l'équivalent de moins de 4 euros par personne). 8 000 ouguiyas par jour pour 6 personnes, et 3 000 ouguiyas pour une tente double.
Il est possible de commander des repas (à base de poisson et de riz) dans les campings. Prévoir 2,5 euros pour le petit-déjeuner, et 7 euros pour un repas. L'eau manque dans toute la région. Il faut le savoir et venir avec des réserves en conséquence.
S'y rendre. On pénètre dans le parc par des pistes qui partent de l'axe routier Nouakchott-Nouadhibou. L'accès au parc est contrôlé et chaque touriste doit acquitter une taxe (de 4 euros environ).
Se déplacer. Chacun des neuf villages imraguen dispose aujourd'hui d'au moins un véhicule. Il est là avant tout pour le transport des malades. Pour se déplacer d'un village à l'autre mieux vaut donc avoir son propre véhicule 4 × 4. Pour ne pas se perdre dans le désert des cartes sont disponibles avec une quarantaine de points GPS recensés.
Depuis l'agression qui a coûté la vie à quatre touristes dans le sud de la Mauritanie en décembre 2007, le ministère des affaires étrangères, sur son site Internet (www.diplomatie.gouv.fr), recommande aux Français qui se rendent en Mauritanie d'être "particulièrement vigilants et d'éviter tout voyage ou séjour isolé".
Si des précautions élémentaires s'imposent dans certains quartiers de la capitale, le pays n'est pas devenu le lieu de rendez-vous des terroristes islamistes. D'autres pays du Maghreb ont été davantage touchés par les violences que la Mauritanie, dont la principale faiblesse était, jusqu'à ces derniers mois, celle de ses services de sécurité.
Au banc d'Arguin, situé dans une zone où la gendarmerie est très présente au nom de la sauvegarde de l'environnement, les habitants se connaissent tous. Les véhicules automobiles sont rares, et toute présence étrangère est rapidement signalée.
Le banc d'Arguin c'est d'abord un parc naturel hors normes créé dans les années 1970 grâce à l'obstination de l'explorateur Théodore Monod et d'un écologiste suisse, Luc Hoffmann. Il occupe le tiers du littoral de la Mauritanie, s'étale sur une superficie équivalente à celle du Liban, avance vers la mer, s'appuie sur les terres, ou plutôt sur un désert de dunes de sable ocre.
"C'est une zone d'une richesse exceptionnelle du point de vue ornithologique", dit son directeur, le docteur Sidi Mohamed Ould Moïne, un ancien ministre. Des spécialistes venus de la lointaine Hollande assurent qu'ici près de 2,5 millions de limicoles - ainsi appelle-t-on les consommateurs de vers de vase qu'ils saisissent grâce à leur long bec - passent l'hiver.
Mais il n'y a pas que les limicoles. D'autres colonies d'oiseaux, d'une taille plus importante - flamants roses, cormorans, pélicans -, qui se nourrissent de poissons fréquentent aussi avec assiduité le littoral de la Mauritanie.
Au total, près de 200 espèces se donnent rendez-vous chaque année entre juillet et mars sur ce bout d'Afrique de l'Ouest. Que la marée monte et les voici réunis, ailes contre ailes, sur une douzaine de mamelons rocheux dans une cohabitation bruyante et pacifique. Qu'elle se retire quelques heures plus tard et c'est l'invasion des vasières environnantes par le peuple migrateur.
CES LIEUX MYTHIQUES
Drôles d'oiseaux que l'abondance exceptionnelle de la nourriture réunit ici. Chaque espèce a ses habitudes. Il y a celles qui dès le mois de février migreront vers l'Espagne, l'Italie, la France, l'Europe du Nord et, pour certaines, la Sibérie. Celles qui, au contraire, mettront cap à l'est et partiront en direction des pays africains limitrophes et du Proche-Orient. Celles enfin qui observeront ce manège et choisiront de rester sur place. Ce ne sont pas les plus nombreuses.
Les oiseaux migrateurs ne fréquenteraient plus le banc d'Arguin que le site continuerait à faire partie de ces lieux mythiques dont parlent les grands voyageurs avec des airs entendus. Car un peuple fascinant vit au banc d'Arguin, en marge du monde extérieur : les Imraguen.
Ils ne sont guère nombreux : un peu plus d'un millier d'hommes et de femmes maures disséminés le long de la côte en une demi-douzaine de minuscules villages faits de baraques de bois bringuebalantes. Depuis des siècles ils vivent exclusivement de la pêche au filet qu'ils pratiquent à bord d'embarcations à voile latine inspirées, dit-on, de celles utilisées naguère dans les îles Canaries, les lanches.
La pêche est aussi une affaire de femmes. Organisées en coopératives artisanales, certaines achètent le poisson frais, le découpent en minuscules filets mis à sécher deux ou trois jours d'affilée sur des fils tendus à l'air libre avant de l'emballer dans des poches. Les touristes de passage ou les nomades raffolent de ces filets séchés que les Maures consomment trempés dans l'huile ; l'extrait d'oeufs séchés de poutargue est un autre mets très apprécié à Nouakchott, la capitale.
Regarder pêcher les Imraguen, c'est remonter le temps. Lorsque les lanches ont repéré au large un banc de poissons, les pêcheurs, certains très jeunes, se jettent à l'eau - forcément peu profonde - un filet sur l'épaule, le déploient et emprisonnent leur prise. L'opération n'a duré qu'une poignée de minutes.
Il y a une ou deux générations, la technique était encore plus subtile. Les pêcheurs sifflaient pour attirer vers le rivage les dauphins qui entraînaient dans leur sillage les bancs de mulets - les poissons les plus communs dans la zone. Ne restaient plus aux pêcheurs imraguen qu'à entrer dans l'eau et à jeter leurs filets.
DES QUOTAS DE PÊCHE
Si les techniques de pêche ont peu évolué au banc d'Arguin, c'est à la suite d'un choix. "La pêche est limitée. C'est une zone de grossissement et de reproduction pour de nombreuses espèces de poissons qui vivent au large de l'Afrique de l'Ouest. Seuls les Imraguen sont autorisés à pêcher mais avec les lanches, et en utilisant les méthodes traditionnelles. L'accès de la zone aux autres bateaux est rigoureusement interdit", résume le directeur du parc.
Pour faire respecter la législation la marine mauritanienne a été mise à contribution. Implantés le long de la côte, trois radars veillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En cas d'alerte, des embarcations à moteur prennent en chasse le contrevenant, dont le bateau sera saisi en attendant le paiement d'une forte amende. A lire les statistiques des arraisonnements, de moins en moins de bateaux étrangers se risquent dans la zone.
Les Imraguen doivent respecter des quotas de pêche définis saison après saison et espèce par espèce avec l'administration, qui salarie un contrôleur dans chaque village. Pas une lanche ne débarque sa cargaison à terre en dehors de sa présence.
Le bilan de cette cogestion ? Il est mitigé. "Depuis deux ans il y a davantage de bateaux qui sortent et moins de poissons débarqués.
"C'est le signe du début d'une surexploitation", résume un cadre du parc. "On est victimes de la pêche intensive qui se développe en dehors des limites du banc d'Arguin", se défend le chef du village imraguen d'Arkeiss, propriétaire de huit des vingt-quatre lanches qui naviguent dans les parages.
La surexploitation n'est pas le seul danger qui menace le banc d'Arguin. Depuis que du pétrole a été trouvé au large des côtes de la Mauritanie, l'administration du parc redoute l'octroi de permis de recherche d'hydrocarbures dans la zone protégée. Les mêmes voient aussi avec appréhension la route goudronnée qui désormais frôle la limite du parc du banc d'Arguin.
"La zone devient plus accessible au tourisme local et étranger, et aux commerçants", observent avec inquiétude les responsables du parc. Encore ont-ils réussi jusqu'à présent à éviter que le Dakar et sa caravane de voitures de compétition ne viennent troubler la quiétude du site.
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