Bruxelles (L'Echo) - La Banque centrale européenne (BCE) a baissé son principal taux directeur de 75 points de base à 2,50%, la plus forte reduction de son histoire, pour faire face à la dégradation de l'économie en zone euro. Cette décision, prise à l'unanimité des membres du Conseil des gouverneurs, s'inscrit dans le prolongement des deux précédents assouplissements des taux, en octobre et en novembre. Elle est autorisée par le recul de l'inflation à 2,1% en novembre contre 3,2% le mois précédent.
La BCE prévoit une récession pour 2009, avec une contraction de 0,5% en moyenne du PIB de la zone euro. L'inflation, quant à elle, devrait se situer en moyenne à 1,4% en 2009, après 3,3% pour cette année.
"Des corrections de marchés de très grande importance, que nous avons été les premiers à constater, sont en cours. Cela appelle des décisions très audacieuses de la part des banques centrales et des gouvernements" a déclaré le président de la BCE Jean-Claude Trichet lors d'une conférence de presse.
INFLATION EN BAISSE
"Cette réduction de 75 points de base s'est imposée, tenant compte du fait que les risques à la stabilité des prix se sont modérés. Moins de 2% et proche de 2% d'inflation, telle est notre définition de la stabilité des prix", a expliqué M. Trichet. Pour lui, la baisse de l'inflation "est due au recul des prix des matièrse premières et au ralentissement de l'activité économique". Il pense toutefois que cette situation ne permet pas de conclure que la zone euro soit entrée dans une période de déflation.
PAS D'INDICATION POUR JANVIER
Le président de la BCE a refusé de donner des indications quant à un prochain assouplissement monétaire. "Pour janvier, je n'ai rien n'a annoncer. Nous verrons ce qui se passera. Une baisse de 175 points de base en deux mois, c'est déjà bien (..)" a précisé Trichet. "Nous voulons nous assurer que cette diminution sera concrétisée par une baisse réelle des taux sur le marché" a-t-il ajouté.
RECESSION POUR 2009
La BCE anticipe une récession pour 2009. "Nous avons une fourchette de -1 à zéro de croissance du PIB poutr 2009. Il est certain que nous attendons une croissance négative au niveau des projections de l'Eurosystème " a estimé Jean-Claude Trichet." Le degré d'incertitude reste encore exceptionnellement élevé" a-t-il insisté. La BCE prévoit une croissance comprise entre -0,8% et 1,2% du PIB en 2008, tandis qu'elle devrait osciller entre 0% et 5% en 2010.
Face à cette dégradation de l'activité économique, Trichet a appelé les gouvernenemts européens "à mettre en oeuvre sans retard les mesures annoncées de recapitalisation des banques, les garanties et les opérations de sauvetage". Certaines mesures attendent encore le feu vert de l'exécutif européen. "Je suis sûr que la Commission va faire tout le nécessaire pour se prononcer rapidement" a dit Trichet.
UNE BAISSE HISTORIQUE
Une baisse des taux supérieure à 0,50% est véritablement historique pour la BCE, traditionnellement fidèle à une politique monétaire mesurée et rigoureuse, soucieuse de ne pas utiliser toutes ses "munitions". "Peu de banques centrales ont procédé à un telle réduction depuis la fin de la seconde guerre mondiale" a indiqué le président de l'institution de Francfort. De son côté, "la Fed américaine a déjà réduit ses taux jusque 1%, il lui sera difficile d'aller encore beaucoup plus bas ", souligne un expert proche de la BCE.
RALENTISSEMENT DU CREDIT
Le président de la BCE a signalé qu'il "existe des signe que les banques sont plus dures à la détente sur le marché interbancaire". "Certains marchés sont illiquides, mais on ne peut parler d'assèchement de l'offre de crédit".
LES MARCHES DECUS
Les places boursières sont tombées dans le rouge après la baisse de trois quarts de point, jugée insuffisante, des taux annoncée par la BCE, les marchés espérant un geste plus fort. Aux alentours de 15 heures, l'AEX cédait 1,09%, le CAC 40 1,10%, le DAX 0,76% et Londres 1,90%.
Les indicateurs macro-économiques américains parus mercredi sont alarmants. Après une chute en octobre, ils ont fait un plongeon en novembre, confirmant l'entrée des Etats-Unis en récession, avec des conséquences dramatiques pour l'emploi. Le cabinet ADP estime que le secteur privé américain a supprimé 250.000 postes en novembre. En zone euro, l'activité dans les services a accusé une nouvelle contraction au mois de novembre, touchant un plus bas de dix ans, à 42,5 après 45,8 en octobre.
En dehors de la zone euro, la Banque d'Angleterre (BoE) a décidé ce jeudi de baisser son taux directeur de 100 points de base à 2%, son plus bas depuis 1939. Elle les avait déjà baissés de 150 points le mois dernier. La banque centrale suédoise a annoncé, quant à elle, une baisse de 175 points de base à 2% contre 3,75% avant. La situation des différentes banques centrales n'est toutefois pas comparable, les taux et les données macro-économiques étant différents d'une zone économique à l'autre.
Vincent Georis
vincent.georis@lecho.be
(C) - L'Echo
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