par John Bowker
LONDRES (Reuters) - La hausse quasi-continue des prix du pétrole fragilise de nombreuses compagnies aériennes européennes de taille modeste, qui risquent purement et simplement la faillite si le coût des carburants ne redescend pas nettement en dessous de ses niveaux actuels.
Pour continuer à voler, les transporteurs devront se résoudre à supprimer les lignes et les vols non rentables, d'autant que leurs marges sont aussi fragilisées par le ralentissement de la demande.
Depuis le début de l'année, 24 compagnies aériennes ont mis la clé sous la porte dans le monde et près de la moitié d'entre elles étaient basées en Europe, selon des chiffres de l'Association internationale des transporteurs aériens.
Les premières victimes directes de cette nouvelle donne sont les spécialistes des vols transatlantiques en classe affaires.
Le 30 mai, la compagnie aérienne britannique Silverjet, spécialisée dans ces vols "affaires" entre Londres et New York, a ainsi été placée sous administration judiciaire, faute de trésorerie.
Désormais, la menace plane également sur les compagnies aux modèles économiques traditionnels ou à bas-coûts.
"Les compagnies aériennes sont confrontées à la crise la plus grave depuis 2001, et il est logique de s'attendre à des faillite dans ce secteur", juge Andy Clarke, directeur de la politique du transport aérien de l'Association européenne des compagnies régionales.
"Certaines compagnies 'low-cost' ne pourront pas rivaliser avec efficacité dans la mesure où les marges se rétrécissent et où les coûts du kérosène explosent", pense Mark Fennessy, juriste au cabinet londonien Orrick.
"À mon avis, les majors (British Airways, Air France-KLM (AF) et Lufthansa), et les leaders du secteur low-cost (Ryanair et EasyJet) survivront, même s'ils risquent de devoir faire l'impasse sur certaines lignes", poursuit-il.
SUPPRESSION DE LIGNES
Andrew Fitchie, analyste chez Collins Stewart, pense lui aussi que des mutations devront intervenir.
"À court terme, le seul facteur de différenciation (entre les compagnies) est l'existence ou non d'une couverture carburants. (...) Celles qui survivent doivent réduire de manière significative leurs capacités: elles peuvent réduire les activités déficitaires et se concentrer sur ce qui rapporte", estime-t-il.
Michael O'Leary, directeur général de Ryanair, a clairement détaillé les défis qui se présentent à son groupe lors de la présentation annuelle des résultats du groupe la semaine dernière.
Selon lui, si le baril se maintient à 130 dollars le baril, les bénéfices du groupe, de près de 500 millions de dollars en 2008, se seront évaporés d'ici mars 2009.
Tout en admettant qu'il s'agissait peut-être d'une erreur, O'Leary a précisé que Ryanair n'avait aucune couverture carburant car il avait misé sur une éventuelle baisse du brut, ce qui l'oblige aujourd'hui à payer son kérosène au prix du marché.
À titre de comparaison, British Airways est couverte à 70% sur la base d'un baril à 82 dollars pour le premier trimestre et sa couverture est ramenée à 55% pour un baril anticipé à 90 dollars pour le deuxième trimestre.
"Se couvrir n'est pas vraiment une solution. Cela ne vous permet pas d'échapper à l'impact des hausses, cela ne permet que de le différer", pense Douglas O'Neill, analyste transport chez Blue Oar Securities.
Selon lui, la réduction des capacités est un bien meilleur levier et le signe d'une gestion saine plutôt que d'une faiblesse: "c'est une réaction judicieuse au fait que certaines lignes ne sont plus rentables."
Michael O'Leary s'est déclaré prêt à réduire la capacité des lignes qui disposent de plusieurs vols par jour, plutôt que de les fermer purement et simplement.
La semaine dernière, British Airways a annoncé une réduction de ses capacités dans le courant de l'année, sans donner davantage de précisions.
Michael O'Leary a explicitement cité les noms de certaines compagnies qui auraient du mal à passer l'été, dont la slovaque SkyEurope, ou encore Jet2, FlyGlobespan ou Flybe, même si elles se sont empressées de démentir ces prédictions.
Flybe assure de son côté qu'il faudrait que le baril atteigne 170 dollars le baril pour qu'elle cesse d'être rentable.
"Nous sommes tout à fait couverts pour cet été, l'hiver prochain, et solidement couverts pour l'été prochain", assure de son côté Andrew Merrick, directeur financier de Dart Group, la maison mère de Jet2.
Il ajoute que Jet2, qui exploite des lignes depuis le nord de l'Angleterre et l'Ecosse, est satisfait des réservations pour cet été, mais Douglas O'Neil, de Blue Oar, estime que les anticipations de certaines compagnies sont pour l'instant biaisées par l'approche du pic d'activité de la saison estivale.
Selon lui, un début d'automne plus calme et la période hivernale pourraient amplifier le ralentissement de la demande du consommateur.
"À cette époque de l'année, la trésorerie des compagnies est bonne, mais lorsque l'été sera terminé, on ne pourra plus rien exclure", poursuit-il.
Version française Nicolas Delame
© 2009 Reuters - Tous droits de reproduction réservés par Reuters.
09/06/2008 16:41
| AIR FRANCE | 9,66€ | -2,16% | |
Wall Street finit indécise entre la crise et le plan d'Obama (08/01)
Wall Street finit indécise entre la crise et le plan d'Obama (08/01)
Wall Street finit sur une note indécise (08/01)
Nouvelle affaire présumée d'escroquerie pyramidale (08/01)
Barack Obama prône un plan de relance musclé (08/01)
Paris et les Bourses européennes terminent dans le rouge (08/01)
BOEING : 662 commandes d'avions civils en 2008 (08/01)
Baisse historique des taux de la Banque d'Angleterre (08/01)
COMMERZBANK : Berlin injecte 10 milliards d'euros et monte au capital (08/01)
Publicis Groupe anticipe une reprise du marché publicitaire en 2010 (08/01)
Wal-Mart, symbole de la frilosité des consommateurs (08/01)