par Ben Hirschler
LONDRES (Reuters) - Les plus grands laboratoires pharmaceutiques européens ont suffisamment de marge pour réduire fortement leurs coûts, ce qui devrait contenter les investisseurs mais qui a de quoi inquiéter les salariés.
Bien que le français Sanofi Aventis (SAN) et le britannique GlaxoSmithKline aient tous deux annoncé cette semaine un plan de suppressions de postes, la plupart de leurs concurrents européens ont pris du retard dans l'ajustement de leur masse salariale, contrairement aux firmes américaines.
Pour de nombreux analystes, ce retard leur donne une latitude plus large pour tailler dans les effectifs lorsque le temps sera venu de protéger leurs bénéfices si le marché se détériore, comme le pensent beaucoup d'experts alors que le recours aux médicaments génériques va croissant et que la pression sur les prix s'accentue.
En dépit des programmes de restructuration initiés par Glaxo, AstraZeneca et Novartis, le nombre de salariés employés par les cinq premiers laboratoires européens, dont Roche, s'est accru de 3% entre 2004 et 2007.
Aux Etats-Unis, au contraire, les effectifs du secteur ont décliné de 3% sur la même période, selon des analystes de Citi groupe.
Pour les dirigeants des laboratoires, cette différence s'explique avant tout par l'existence de législations du travail plus protectrices sur le Vieux Continent.
La question de l'ampleur du dégraissement reste ouverte, mais ce qui est certain, c'est que jamais auparavant elle n'avait autant été d'actualité.
"C'est la première fois que l'industrie prend au sérieux la question de la réduction des coûts", commente Simon Friend, analyste pharmaceutique chez PricewaterhousseCoopers.
"Avec les pressions qui se multiplient de parts et d'autres, les prix, les génériques, la question de la marge se retrouvent tout à coup au centre des préoccupations. S'intéresser à sa base de coûts et à la manière dont évolue son activité est devenu primordial."
VASTE MARGE DE MANOEUVRE
Les analystes de Dresder Kleinwort estiment insuffisante la rentabilité du secteur et jugent et que la réduction des coûts pourrait aller jusqu'à 30%.
Ils soulignent que le chiffre d'affaires moyen pour un salarié européen se monte à 313.000 euros, tandis qu'il atteint 442.000 euros chez le géant américain des produits de grande consommation Procter & Gamble.
Les analystes de Dresder Kleinwort en concluent que les laboratoires européens ont une marge de manoeuvre assez large pour améliorer leurs bénéfices, ce qui, assurent-ils, est en mesure de rassurer les investisseurs.
Citi voit également d'un bon oeil ce retard pris par les groupes européens sur leurs concurrents américains.
"C'est une opportunité pour les groupes européens, cela permet de penser que le potentiel de restructuration à venir est plus vaste encore", commente Kevin Wilson dans une note.
Aux Etats-Unis, Pfizer a d'ores et déjà entamé les grandes manoeuvres, supprimant plus de 10.000 postes en 2007.
En Europe, AstraZenaca a pris une certaine avance sur ses rivaux, promettant d'en supprimer 7.600, soit 10% de ses effectifs, dans le cadre d'un programme qui doit s'étirer jusqu'à 2010. Novartis prévoit quant à lui de supprimer 2.500 emplois au même horizon.
Glaxo, numéro deux mondial derrière Pfizer, n'a pas donné d'ordre de grandeur, mais l'annonce, faite mercredi, de la suppression de 2% de ses salariés en recherche et développement marque sans doute un tournant.
Sanofi n'a pas non plus communiqué de chiffre exact, mais il a toutefois annoncé la semaine dernière sa volonté de supprimer de 700 à 800 postes de visiteurs médicaux en France.
Les laboratoires pharmaceutiques craignent que la pression sur les prix s'accentue dans les mois à venir, d'autant que les deux principaux candidats à l'élections présidentielle de novembre, qu'il s'agisse de Barack Obama ou de John McCain, se sont prononcés en faveur d'un contrôle des prix.
Version française Nicolas Delame
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13/06/2008 19:02
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