NEW YORK (Reuters) - Le brasseur belge InBev a fait une offre de rachat non sollicitée de 46,3 milliards de dollars (28 milliards d'euros) sur son concurrent américain Anheuser-Busch, ont annoncé mercredi les deux groupes.
InBev (marques Stella, Beck's), propose 65 dollars en cash par titre Anheuser-Busch (marque Budweiser, Michelob), premier brasseur américain avec 48,5% de part de marché. Cette offre représente une prime de 11,4% par rapport au cours de clôture d'Anheuser mercredi sur le Nyse, 58,35 dollars.
Cette offre intervient dans un contexte de rapprochements généralisés parmi les grands brasseurs mondiaux.
InBev a précisé qu'il comptait financer ce rachat avec au moins 40 milliards de dollars d'emprunts, ainsi qu'avec des cessions d'actifs.
Anheuser indique que son conseil va examiner avec attention cette offre et se prononcera "en temps voulu".
Le groupe américain détient également 50% du mexicain Modelo et 27% du chinois Tsingtao. Outre ses marques de bière, Anheuser est propriétaire de neuf parcs d'attraction et possède des entreprises d'embouteillage et de packaging.
Dans une récente interview, Michael Robero, professeur de management dans une université de Rhode Island, déclarait que si Anheuser venait à être racheté, son acquéreur allait sans doute chercher à céder les actifs non stratégiques.
InBev a fait savoir qu'il envisageait de faire de Saint-Louis, dans l'Etat du Missouri, le quartier général nord-américain du groupe à naître, et ferait de la marque Budweiser l'étendard de l'ensemble. Selon le brasseur belge, le nom du groupe pourrait "évoquer l'héritage de la famille Anheuser-Busch".
InBev pourrait en outre proposer à certains cadres d'Anheusder d'entrer au conseil d'administration du nouveau groupe, et essayer de conserver les principaux responsables du brasseur américain. Par ailleurs, InBev a indiqué qu'il conserverait toutes les brasseries américaines d'Anheuser.
Un rapprochement des deux groupes permettrait à InBev d'accroître son assise mondiale. Très présent en Europe et en Amérique latine, le groupe basé à Louvain, en Belgique, pourrait ajouter les Etats-Unis, terre d'Anheuser, la Chine et le Mexique à son rayonnement.
Selon Jonathan Feeney, analyste chez Wachovia, InBev pourrait réaliser à terme environ 1,2 milliard d'euros d'économies chaque année avec cette acquisition.
Pour Tom Pirko, président d'une entreprise spécialisée dans la publicité pour les marques d'alcool, Anheuser aurait pu négocier l'offre jusqu'à un prix compris entre 68 et 80 dollars.
Anheuser compte parmi ses actionnaires le fonds d'investissement de Warren Buffet, Berkshire, qui dispose de 5% de ses parts.
Basé en Belgique, InBev s'est constitué en 2004 après la fusion d'Interbrew et du brésilien AmBev.
Le conseil d'administration d'Anheuser-Busch a indiqué qu'il allait "évaluer la proposition avec attention, prenant compte de tous les éléments, dont le plan stratégique à long terme d'Anheuser-Busch", et qu'il se prononcerait sur l'offre en "temps voulu".
Les deux brasseurs sont déjà liés par des accords portant sur la distribution de leurs produits respectifs. Anheuser distribue les marques Bass Pale Ale, Hoegaarden et Leffe aux Etats-Unis, tandis qu'InBev propose les marques d'Anheuser au Canada.
Depuis un siècle et demi, le brasseur américain est géré par les membres de la famille Busch. Selon les analystes, elle devrait s'opposer à l'offre belge, même si un de ses membres a déclaré qu'il était ouvert à l'offre.
Si la famille Busch n'est plus suffisamment forte au sein de l'actionnariat pour exercer un veto, elle reste influente au sein du conseil d'administration.
Mercredi en après-bourse, le titre Anheuser gagnait 6,5% à 62,12 dollars.
Martinne Geller, version française Stanislas Dembinski et Nicolas Delame
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