par Matthias Blamont
PARIS (Reuters) - Le salon aéronautique de Farnborough fermera ses portes dimanche sur une note mitigée pour les acteurs de l'industrie et avec le sentiment, selon de nombreux spécialistes, que le secteur a atteint un haut de cycle d'une exceptionnelle longévité.
Les commandes placées par les transporteurs du Moyen-Orient sont venues sauver une manifestation qui s'annonçait morose alors que les tensions macroéconomiques et la flambée continue des cours du pétrole entretiennent désormais une panique manifeste chez les compagnies aériennes.
"On retiendra de ce salon qu'il a été beaucoup question de civil et très peu de militaire, avec plus d'annonces de commandes que prévu, élément positif, mais qu'il a flotté un véritable sentiment de malaise vis-à -vis du moyen terme", relève Olivier Brochet, analyste auprès de Natixis (KN) Securities.
"Si l'horizon est relativement dégagé sur les douze prochains mois, avec la plupart des financements en place pour les commandes, il y a beaucoup plus d'incertitudes pour l'après mi-2009 en raison des craintes sur la conjoncture économique mondiale et son corollaire, le pétrole", ajoute-t-il.
La valeur du baril de brut a progressé de plus de 35% depuis le 1er janvier et de plus de 75% sur un an. Les compagnies aériennes subissent une pression considérable induite par l'explosion de leur facture carburant et réduisent leurs capacités, à l'instar de British Airways, tandis que d'autres, en majorité des "low cost", ont été contraintes de cesser leurs activités ces dernières semaines.
AIRBUS À LA FàŠTE
Le traditionnel match des constructeurs Airbus - Boeing s'est en tous cas soldé par la victoire de l'européen avec des montants impressionnants notifiés par DAE Capital, un loueur d'avion de Dubaà¯, et Etihad, compagnie basée à Abou Dhabi.
Au total, la filiale d'EADS (EAD) a enregistré 247 commandes fermes durant le salon de Farnborough pour quelque 40 milliards de dollars (25,2 milliards d'euros) aux prix catalogues.
Ce succès permet à Airbus d'afficher un carnet de 734 commandes fermes depuis le début de l'année, largement au-dessus de l'objectif de 700 fixé en février. John Leahy, directeur commercial de la société, a déclaré jeudi que ses équipes visaient désormais 850 commandes pour 2008.
De son côté, Boeing a vendu 197 appareils pour 23,6 milliards de dollars, toujours sur la base des prix catalogues, une performance qui porte son compteur à 542 avions vendus à ce stade de l'exercice.
Bon nombre de ces commandes avaient toutefois été mentionnées préalablement sur les sites internet des deux groupes.
ANNULATIONS
"Les carnets de commandes sont indéniablement très élevés, la question est désormais de savoir quelle proportion des commandes va disparaître, avance Rupinder Vig, analyste auprès de Morgan Stanley, alors qu'historiquement la moyenne des annulations ou des reports est de 30 à 40%."
"Les Etats-Unis sont la zone la plus à risque, l'Europe est une préoccupation et l'Inde commence également à montrer des signes de ralentissement. La force du marché reste dans les autres économies émergentes" renchérit-il.
A ce jour, Airbus et Boeing ont six années de production devant eux.
Les montants dévoilés par les deux géants du marché ne doivent pas non plus faire oublier les remises obtenues par les compagnies aériennes, surtout sur les grosses commandes.
Selon Rupinder Vig, les rabais varient selon le profil du client, l'avion commandé et le nombre d'appareils négociés et se situent entre 10 et 30% chez Airbus et Boeing.
Les salons de Farnborough, dans la grande banlieue de Londres, et du Bourget, en Ile de France, sont les traditionnels baromètres du secteur aéronautique. L'année 2007 est restée dans les mémoires comme celle d'un millésime inégalé avec 1.341 avions vendus pour Airbus et 1.413 chez Boeing.
En dépit des préoccupations sur l'avenir, la Bourse a salué l'actualité du salon.
L'action EADS (EAD), la maison mère du constructeur européen, a gagné 19% sur la semaine à la Bourse de Paris. Elle a terminé en hausse de 4,9% vendredi à 12,80 euros. Boeing signait de son côté une avancée hebdomadaire de 6% vendredi en fin d'après-midi à New York.
Edité par Jean-Michel Bélot
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18/07/2008 19:42
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