Plus que les banques, les taux sont responsables de tous nos malheurs. Tel pourrait être l’enseignement majeur du 7ème observatoire Bipe-Empruntis, présenté aujourd’hui, qui a notamment évoqué le cas concret d’un emprunt de 150 000€ sur 20 ans. En comparant ses caractéristiques moyennes en 2005 à celles d’aujourd’hui, on constate que la mensualité est passée de 870€ à 990 € quand le coût total du prêt a bondi de 49% (87 584€ contre 58 785 € il y a trois ans). Comme aux Etats-Unis aujourd’hui, les propriétaires immobiliers français deviennent petit à petit propriétaires d’un crédit faramineux.
Discours orthodoxe de la BCE
«La mission de la Banque Centrale Européenne n’est pas de favoriser la croissance et l’emploi, mais de contrôler l’inflation » rappelle Cyril Blesson du Bipe. « Il est donc logique qu’elle oriente les taux à la hausse, de façon successive, pour respecter son ‘’discours orthodoxe’’ ». Une situation qui bien sûr ne fait pas les affaires des emprunteurs immobiliers.
Geoffroy Bragadir, fondateur d’Empruntis, détaille en chiffres les nouveaux fondamentaux du marché. Depuis 2005, les taux longs ont augmenté en moyenne de 1,5 point. Les taux sur 20 ans ont par exemple atteint les 5%, du jamais vu depuis 2003. Conséquence : ce n’est pas forcément le banquier qui refuse les dossiers des emprunteurs, mais l’accès au crédit devient simplement plus difficile pour ceux qui ne peuvent pas encaisser le surcoût lié au taux. Concrètement, entre janvier 2007 et juin 2008, la hausse des taux a exclu de la population des ‘’finançables’’ une personne sur cinq. Une sélection naturelle visant à protéger les ménages contre eux-mêmes pour ne pas tomber dans la spirale du surendettement. Et aussi une sorte de spirale vertueuse de la profession pour éviter tout risque d’un subprime à la française.
Effet d'optique
La production bancaire s’est ainsi contractée de -7,8% en un an, pour un chiffre de 140 milliards d’euros. Mais, selon Geffroy Bragadir, la conjoncture actuelle n’est pas à l’assèchement de l’offre de crédit, et le courtier assure qu’il est toujours possible de trouver des produits de financement à 100%, voire 110% pour de l’investissement locatif.
Pas question donc, pour lui, de parler de rétrécissements des conditions d’octroi de crédit de la part des banques. Selon les experts Bipe-Empruntis, il s’agit plutôt d’un effet d’optique, dû à une plus grande proportion d’emprunteurs aux limites des critères. Par ailleurs, le crédit à l’habitat reste un produit d’appel pour les établissements bancaires, même si l’offre promotionnelle semble désormais réservée aux seuls ménages rentrant dans les petits papiers des banquiers : les CSP ++, c’est-à-dire les catégories socioprofessionnelles les plus élevées. « Les banquiers partenaires d’empruntis.com affichent clairement leur volonté de reconstituer à nouveau les marges tout en maintenant d’excellentes offres pour les bons et les très bons dossiers. » explique le courtier. Un équilibre délicat pour ménager la chèvre et le chou, qui pourrait néanmoins laisser à l’écart bon nombre de foyers plus modestes.
Pour eux, il reste la maison à 15 euros, et l’émergence prévisible de prêteurs low cost, plutôt d’origine internationale, visant les ménages à petits revenus.
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26/06/2008 18:30
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