Alors qu’Ingrid Bétancourt entame sa sixième année de captivité aux mains de la guérilla colombienne des Farc, la biographie de Sergio Coronado (Fayard, 29 pages, 18 euros) retrace les étapes cruciales de celle que tout le monde appelle par son prénom.
L’auteur, Sergio Coronado, a accordé en avril 2008 une interview à la rédaction de www.radiobistrot.comRadiobistrot.com : Les Farc viennent de refouler l’énième mission humanitaire dépêchée ces derniers jours par la France en Colombie pour secourir Ingrid Bétancourt. Ce refus était-il prévisible ? Vaste opération de communication orchestrée par le gouvernement français ? S.C : Oui, ce refus s’inscrit dans l’histoire de ce conflit ! Les Farc, nous le savons désormais, sont devenus avec le temps hermétiques aux pressions. Ingrid Bétancourt est leur carte maîtresse et envoyer un avion, sans avoir un feu vert préalable de leur part, était donc une opération assez périlleuse. Cet échec n’est donc pas une surprise. N’était-ce qu’une opération de com’ de la part du gouvernement français ? Bien évidemment ! Mais, sans ce type d’opérations, sans cette emballement de la machine médiatique, grâce auquel 5 000 personnes se sont tout de même réunies dernièrement pour une marche dans Paris, eh bien peut-être qu’Ingrid Bétancourt serait déjà morte aujourd’hui ! La com’ n’a pas que du mauvais, elle a aussi du bon, la preuve ! Radiobistrot.com : Selon vous, Ingrid Bétancourt serait donc encore vivante. Des rumeurs alarmistes circulaient ces derniers jours... SC : Il suffit de se référer aux propos tenus dernièrement par son ancien compagnon de détention, l’ancien parlementaire Luis Eladio Pérez, pour s’en persuader. Ingrid est toujours vivante et elle est, semble-t-il, en assez bonne santé. Radiobistrot.com : Certains Français sont choqués que l’on puisse investir autant de moyens et d’argent pour sauver une femme. Pourquoi, au fond, n’en ferait-on pas autant pour tous les autres otages français détenus ailleurs dans le monde ? SC : Plus qu’une simple femme, Ingrid Bétancourt est devenue un symbole. Elle incarne aujourd’hui un conflit vieux de cinquante ans. En se mobilisant pour sa libération, et celle des trente-neuf autres otages, on se mobilise donc aussi pour faire avancer la paix en Colombie. Elle est détenue depuis bientôt six ans donc, moi, quand l’Etat investit pour la secourir, je ne trouve pas que ce soit honteux, pas du tout ! En fait, il faut quand même reconnaître que depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, les rapports entre la France et la Colombie se sont nettement améliorés. Le président a également réussi à conserver de bons rapports avec Chavez, ce qui est indispensable pour sortir du bourbier dans lequel la Colombie est plongée.
Radiobistrot.com : Que peuvent faire Sarkozy et Kouchner aujourd’hui ? Quelles sont leurs marges de manœuvre ? SC : La diplomatie, plus discrète, va devoir reprendre ses droits. Ce n’est pas en se rendant sur place, accompagné de caméras de télévision, avec un bermuda et une paire de patogases, que le président Sarkozy pourra sauver les otages. Chacun son rôle. Grâce à la famille d’Ingrid, grâce à la mobilisation des uns et des autres, la rue bouge et on assiste à de plus en plus de marches de soutien et c’est bien ! Toutefois rien ne remplacera les tractations plus discrètes. Elles sont indispensables. L’américanisation de la politique étrangère de la France, par exemple, est utile dans cette affaire car les Etats-Unis devraient pouvoir peser davantage à l’avenir sur le gouvernement colombien. Radiobistrot.com : Pourquoi les Colombiens ont-ils été indifférents si longtemps au sort des otages ? Pourquoi cette mobilisation tardive ? SC : Le 20 février 2002, quand Ingrid a été enlevée, les négociations de paix entre le gouvernement Pastrana et les Farc, pourtant engagées depuis 1998-1999, ont été interrompues et les enlèvements, surtout dans cette région, se sont multipliés. Rien qu’en 2002, ce sont presque 3 000 personnes qui ont été enlevées ! Ce feuilleton diplomatique sans fin, cette explosion de violence et ces enlèvements à répétition ont, en quelque sorte, anesthésié les Colombiens. Une indifférence collective est ainsi née vis-à-vis des otages. C’est vite devenu la routine. C’est la mobilisation des familles et ce sont les témoignages des otages libérés qui ont fait, dernièrement, évolué le regard des Colombiens. Ils se réveillent, des marches sont organisées et Ingrid fait même partie des deux personnalités les plus appréciées dans le pays selon un baromètre publié récemment ! On avance... Radiobistrot.com : Au fond, pourquoi ce livre ? SC : Pour des raisons multiples ! Je suis né au Chili et j’ai grandi en Argentine, donc l’Amérique du Sud, c’est ma passion, je suis tombé dedans petit ! Je voulais ici, dans ce livre, faire partager le souvenir lumineux de cette femme libre. Une femme courageuse avec un idéal chevillé au corps. Je voulais livrer le récit de son engagement, de ses espoirs et de ses défaites aussi... Le tout dans une Colombie gangrenée aujourd’hui par la violence et les méfaits de la corruption. Radiobistrot.com : Et pour écrire ce livre, comment vous y êtes-vous pris ? SC : J’ai rencontré, en 1999, Ingrid Bétancourt à deux reprises. A l’époque, j’étais déjà chez les Verts. Par la suite, un an après son enlèvement, je me suis rendu au nom du parti sur place là-bas en Colombie. Petit à petit, je me suis rapproché de la famille et j’ai accumulé des notes pendant mes multiples voyages. En concertation avec elle, avec les enfants d’Ingrid et les autres membres de la famille, j’ai finalement décidé de faire cet ouvrage. Dans ce livre, je m’intéresse à son parcours, ses combats, sa vie, ses espoirs pour la Colombie. Je ne me contente pas d’analyser l’écume médiatique de ces dernières années. J’ai rencontré pour écrire cet ouvrage : les amis, la famille, les compagnons de lutte politique... Et je ne parle même pas des archives du Congrès que j’ai longuement fouillées en Colombie ! Ce livre a l’air de plaire. J’espère qu’il intéressera aussi les lecteurs de radiobistrot ! Interview du 08/04/08 menée par Mathieu Duchesne pour radiobistrot.com
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