Dans un communiqué daté du 10 avril 2008, le Comité Scientifique pour l’Agence européenne pour l’environnement a fait part publiquement de son opinion concernant l’impact sur l’environnement de l’utilisation des biocarburants en Europe.
Le Comité Scientifique fournit des conseils scientifiques et des opinions professionnelles sur toutes les questions scientifiques des domaines de travail dont se charge l’agence européenne pour l’environnement.
Le Comité Scientifique de l’Agence européenne pour l’environnement recommande une nouvelle étude scientifique complète sur les risques et les bénéfices pour l’environnement des biocarburants.
Par ailleurs, le groupe recommande que l’objectif que s’est fixée l’Union Européenne d’augmenter la part des biocarburants utilisés dans les moyens de transports de 10% d’ici 2020 soit suspendu jusqu’aux résultats de cette étude.
D’après le Comité scientifique, les émissions de gaz à effet de serre rejetés par le secteur des transports augmentent de manière constante, du fait de la croissance continue du volume de transport. Plus de 90% du total des émissions rejetées par les transports est dû aux transports routiers.
Les politiques et les mesures mises en place jusqu’à présent n’ont pas suffit à faire cesser cette croissance des émissions.
Du fait de l’urgence croissante de ces problèmes, des quotas obligatoires de biocarburants utilisés dans le secteur des transports ont été introduits dans l’espoir qu’à moyen terme la croissance des émissions rejetées par les transports soit réduite et que les émissions puissent être stabilisées.
En 2003, la Directive Biocarburants a mis en place l’objectif de remplacer 2% des carburants pour véhicules d’ici 2005 et 5.75% d’ici 2010 par des biocarburants.
L’objectif 2005 n’a pas été atteint et il semble peu probable que l’objectif 2010 soit atteint selon le Comité Scientifique.
Cependant, en 2007, l’Union Européenne a revu à la hausse l’objectif 2020 en fixant à 10% la part de biocarburants qui devait être utilisée d’ici là pour les transports, à condition que la production de biocarburants soit durable et que les technologies de seconde génération de biocarburants soient disponibles commercialement.
Malgré le fait que les deux premiers objectifs aient été manqués, le rythme de la production de biocarburants en Union Européenne et des importations de biocarburants provenant de pays tiers atteint des sommets.
Et c’est ce qui inquiète le Comité Scientifique de l’Agence européenne pour l’environnement, qui indique quatre grands sujets de préoccupations.
Tout d’abord, la production de biocarburants basée sur les technologies dites de première génération n’utilise pas de manière optimale les ressources de la biomasse au regard des économies d’énergie fossile et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, selon le communiqué du Comité. Les technologies pour la chaleur directe et la production d’électricité devraient être préférées parce qu’elles sont plus compétitives économiquement et plus efficaces écologiquement que la production de biocarburants pour les véhicules.
Par ailleurs, l’utilisation de la biomasse implique la combustion de ressources limitées et de grande valeur de notre environnement. Ces ressources doivent être préservées autant que possible d’après le Comité. C’est pourquoi il faut selon lui que l’utilisation de la biomasse aille de paire avec des améliorations de l’efficience énergétique. Ce n’est pas encore le cas de la majorité des applications dans les secteurs automobile et résidentiels d’après le communiqué.
D’autre part, l’Agence européenne pour l’environnement a estimé le volume de terres arables disponibles pour la production de bioénergie sans que cela nuise à l’environnement en Union européenne. D’après le Comité Scientifique, la quantité de terres nécessaires pour réaliser l’objectif de 10% d’ici 2020 est supérieure à cette quantité de terres disponibles. Les conséquences de l’intensification de la production de biocarburants augmenteraient donc la pression exercée sur les sols, l’eau et la biodiversité, déjà menacés par bien des facteurs.
Enfin selon le comité, l’objectif de 10% d’ici 2020 implique de grandes quantités d’importations supplémentaires de biocarburants. La destruction accélérée des forêts tropicales du fait de la production accrue de biocarburants peut déjà être constatée dans certains pays en développement et l’objectif de l’Union Européenne pourrait aggraver les choses. En effet, une production durable de biocarburants à l’extérieur de l’Europe est dure à accomplir et à contrôler.
Le Comité Scientifique conclut ainsi : l’objectif de 10% de biocarburants est une expérience, dont les effets inattendus sont difficiles à prévoir et difficiles à contrôler. C’est pourquoi le Comité Scientifique recommande la suspension de cet objectif de 10% ; la réalisation d’une nouvelle étude scientifique d’ensemble sur les risques et les bénéfices pour l’environnement des biocarburants ; et la mise en place d’un objectif plus modéré sur le long terme si la durabilité ne peut pas être garantie.