L’espionnage des salariés devient-il une spécialité allemande ? Cette fois, c’est Deutsche Telekom qui espionnait les appels téléphoniques de membres de sa direction et de son conseil de surveillance mais aussi de journalistes et de syndicalistes.
Le magazine Der Spiegel vient de révéler que Deutsche Telekom a chargé, en 2005 et 2006, une société externe d’enregistrer les coordonnées techniques (heure, numéros, etc.) d’appels téléphoniques professionnels et privés de plusieurs de ses managers mais aussi de journalistes économiques, de représentants des salariés siégeant au conseil de surveillance, voire peut-être même de représentants des actionnaires. Le nom du fonds d’investissement Blackstone est ainsi évoqué. Selon l’hebdomadaire, les opérations baptisées « Clipper » et « Rheingold » ont donné lieu à l’enregistrement et à l’analyse de « centaines de milliers » de communications, afin de détecter les responsables de fuite d’informations stratégiques. L'affaire rappelle étrangement la façon dont le fabricant informatique américain HP avait espionné son propre conseil d'administration et des journalistes.
Selon une étude publiée par le Handelsblatt, premier quotidien économique allemand, près d’un quart des cas de fuite d’informations et d’espionnage économique en Allemagne implique un ou plusieurs salariés de entreprises touchées soit, selon l’étude, environ une entreprise sur cinq. Mais si les entreprises ont le droit de vérifier le bien-fondé de leurs soupçons dans le cadre de procédures strictes et définies, la ligne rouge peut-être vite franchie dès lors qu’il s’agit de contrôler les agissements de personnes extérieures à l’entreprise ou de surveiller des appels privés. Dans le cas de Deutsche Telekom, il semblerait que cette ligne ait été allègrement franchie. D’après le fax cité par Der Spiegel, un collaborateur de la société en question aurait même joué le rôle de « taupe » dans le bureau d’un « important journaliste économique ».
L’afffaire fait d'ailleurs grand bruit en Allemagne, et le fait qu'il n'y aurait pas eu écoute proprement dite des conversations, selon Deutsche Telekom, ne change rien. Le gouvernement, premier actionnaire du groupe, parle « d’atteinte grave à la confiance ». Un syndicaliste de Verdi, vice-président du conseil de surveillance, dénonce quant à lui « un énorme scandale ». Et, pour l'éditorialiste du quotidien Die Welt, « les citoyens sont maintenant en droit de se demander si leurs données sont entre de bonnes mains chez Deutsche Telekom ».
René Obermann, PDG de DT depuis novembre 2006, a donc passé le week-end a tenter de déminer l’affaire. Il a ainsi reconnu que les révélations du Spiegel étaient partiellement fondées et qu’il avait immédiatement averti la chancellerie fédérale, le ministère des finances ainsi que le parquet de Bonn. « Nous voulons que la justice puisse agir et que les responsables répondent de leurs actes », a-t-il affirmé. La nouvelle direction n’aurait été informée qu’à la fin du mois d’avril dernier quand le dirigeant de la société chargée de « l’espionnage » a envoyé un fax réclamant un règlement financier.
Kai-Uwe Ricke et Klaus Zumwinkel, respectivement PDG et chef du conseil de surveillance de DT à l’époque, démentent pour l’instant formellement avoir commandité ces opérations. M. Zumwinkel a récemment été obligé de démissionner de son poste de PDG de la Deutsche Post AG pour avoir dissimulé au fisc plusieurs millions d’euros dans une fondation du Lichtenstein.
Cette affaire éclate alors même que démarrent les premiers procès de l’affaire Siemens, dont certains managers avaient organisé un système de versement de pots-de-vin portant sur plusieurs centaines de millions d’euros.

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