L’espagnol s’est résolu à céder ses 33,3% d’Eiffage au prix de 63 euros l’action à une poignée d’institutionnels français. Une victoire pour Eiffage qui assiste soulagé au retrait de son encombrant premier actionnaire, après deux années de lutte acharnée.
Le groupe de BTP espagnol Sacyr Vallehermoso a décidé de mettre un terme à son aventure mouvementée pour tenter de prendre le contrôle du français Eiffage, en annonçant la vente de sa participation de 33,32%, après deux ans de guerre judiciaire. A Paris, l’action du constructeur du pont suspendu de Millau glissait cependant de 1,1% mercredi.
Le groupe dirigé par Luis del Rivero cèdera ses parts à un pool d’investisseurs institutionnels français cautionnés par Eiffage, parmi lesquels on devrait retrouver la CDC, CNP Assurances, les AGF, AXA, ou encore BNP Paribas et Groupama, dixit la presse ibérique.
Montant de l’opération : 63 euros par action, soit un total de 1,96 milliard. L’opération permettra à Sacyr d’empocher quelque 30 millions de plus-values, sachant qu’il avait acquis ses titres au prix moyen de 62 euros. et des plus-values d'une trentaine de millions d'euros pour l'espagnol qui avait acheté au prix moyen de 62 euros.
Si la vente aboutit, cela mettra fin à une guerre de plus de deux ans, qui a largement débordé dans les prétoires et sur le front politique, Sacyr tentant d'obtenir le soutien de son gouvernement. Ce sera aussi le coup de gong final de l'affrontement entre deux patrons emblématiques, Luis del Rivero, symbole du boum immobilier espagnol, qui a fait d'une PME un colosse qui rêvait d'enjamber les Pyrénées, et Jean-François Roverato, le vieux chef, qui a remporté son dernier combat : empêcher Eiffage de passer sous contrôle étranger.
Cette fin de partie a été rendue possible par un jugement de Salomon de la justice française, qui a offert il y a tout juste une semaine une porte de sortie honorable aux deux protagonistes. La cour d'appel de Paris a en effet dispensé Sacyr de lancer une OPA sur Eiffage au prix fort comme l'exigeait l’AMF. Mais la Cour a aussi donné raison au groupe français en jugeant non conforme l’OPE de son encombrant actionnaire.
Toute l'affaire a commencé début 2006 quand Sacyr est devenu le premier actionnaire d'Eiffage, en achetant sur le marché 33,3% de son capital. Lors d'une Assemblée générale d'Eiffage en avril 2006, le groupe français avait alors réussi à stopper l'ambition de Sacyr qui réclamait quatre administrateurs. Mais ce dernier était revenu à la charge lors de l’AG suivante d'Eiffage, le 18 avril 2007, et cette fois-ci, les choses ont dégénéré.
Au milieu des protestations, Eiffage a privé certains actionnaires espagnols de leurs droits de vote au motif qu'ils avaient agi de concert avec Sacyr. Dès le lendemain, celui-ci ripostait en annonçant une OPE de 6,5 milliards d'euros sur Eiffage, qui a demandé à ce que ce soit une OPA, et a obtenu le soutien de l'AMF. Une perspective coûteuse et inquiétante pour Sacyr, déjà fortement endetté (19,726 milliards d'euros à fin 2007), qui a in fine saisi la cour d'appel de Paris.

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