Le krach immobilier tant redouté serait-il en train de gagner la France, après les États-Unis ou l'Espagne?
Avec à peine 21 500 opérations, les ventes de logements neufs ont chuté de plus d'un tiers (33,9%) au deuxième trimestre 2008 par rapport à 2007.
D'après les chiffres publiés hier par les services de l'Equipement du ministère de l'Ecologie, elles ont même été divisées par deux dans cinq régions: Aquitaine, Lorraine, Midi-Pyrénées, Bourgogne, Limousin. Au contraire, Champagne-Ardenne est la seule région à voir ses ventes progresser. Signe (et conséquence) du ralentissement, les logements neufs mettent deux fois plus de temps à se vendre qu'il y a un an: 14 mois pour le collectif, 15 mois pour l'individuel. Et leur stock atteint un nouveau record: 110 500 logements au 30 juin 2008.
La faute aux banquiers
et aux promoteurs
Si les acquisitions se réduisent, c'est bien sûr la faute au crédit plus cher - crise des "subprime" oblige - mais aussi aux promoteurs, plus prudents. Le nombre de biens neufs mis en vente a chuté d'un quart (26,4%) en un an, à 27 600 logements (au deuxième trimestre 2008). Là
encore, la baisse dépasse les 50% en Midi-Pyrénées, en région Centre, en Lorraine et en Bourgogne.
Les prix, eux, continuent d'augmenter: +3,7% sur un an dans le collectif et + 3,3% dans l'individuel (après un recul de 1,8% au premier trimestre).
Les prix dans l'ancien
ont baissé au printemps
L'ancien connaît les mêmes déboires que le neuf. Entre mars et mai, les ventes en Ile-de-France ont chuté de 14% par rapport à l'an dernier, après une baisse de 8,8 % au premier trimestre, selon les baromètres notaires.
Cette moyenne recouvre des réalités très différentes avec - 20 % à Paris et - 8 % en Essonne. Sur l'ensemble de la France, les 850 agences du réseau de Laforêt Immobilier enregistraient au printemps 20% des transactions en moins.
Comme dans le neuf, les prix de l'ancien restent toutefois à la hausse, mais celle-ci se ralentit : + 1,7 % en un an, selon la FNAIM (Fédération nationale des agents immobiliers). Et pour la première fois depuis plus de 9 ans, elle est passée au-dessous de 5% pour les biens franciliens de plus de 5 ans.
Autre primeur inquiétante: les prix de l'ancien ont baissé en mai (de 1,3%) et l'indice de prix des maisons a perdu 5,2% en six mois...
Pas de spéculation
ni d'endettement excessifs
Alors, crise ou pas crise? "Crise, mais pas krach", selon les experts, qui, tous, prévoient une baisse progressive des prix sans effondrement. (Notez quand même qu'ils parlent désormais de "baisse" et non plus de "stabilisation".) Contrairement aux années noires 1990 en effet, la hausse des prix depuis 15 ans n'est pas due à une spéculation mais bien à demande réélle de logements.
Par ailleurs, contrairement cette fois aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l'Espagne, la situation financière des ménages français serait "saine": "Il n'y a pas eu de dérives excessives de l'endettement", explique l'institut Xerfi.
Bref. Inutile de s'emballer pour les 60 ou 80% (selon les sondages) de Français qui rêvent de devenir propriétaires. D'autant que l'accalmie pourrait être de courte durée si l'offre de biens se réduit trop face à la demande. D'ores et déjà, la Fédération des promoteurs constructeurs a revu ses prévisions à la baisse: 90 000 à 95 000 logements neufs devraient sortir de terre en 2008, contre 110 000 prévus au départ et 127 000 en 2007.
Stéphène JOURDAIN
Paru dans l'édition 38H du 27/08/2008 (91437)