Daniel Kelai est le nouveau correspondant de la Halde dans le Haut-Rhin.
Quel est le mode de désignation des correspondants ?
La Halde est une haute autorité indépendante avec une autonomie de fonctionnement. C’est seulement depuis un an qu’elle a décidé d’avoir des correspondants locaux. Pour le Haut-Rhin, il y avait une opportunité : j’étais parti à la retraite, le sous-préfet en charge du recrutement des correspondants en a eu vent. Il m’a contacté. Après une rencontre à Paris, j’ai reçu ma lettre de mission de Louis Schweitzer, président de la Halde.
Quelle est votre mission ?
Il y a quatre grands axes. D’abord, accueillir, aux permanences, des gens qui souhaitent déposer une réclamation, les aider à la constitution de leur dossier ; les accompagner vers des interlocuteurs institutionnels, vers d’autres structures spécialisées de règlement amiable du conflit ; donner toutes les informations à des associations, des structures, qui accompagnent déjà les réclamants (SOS Racisme, par exemple) ; c’est aussi faire connaître la Halde.
Vous avez donc un rôle de promotion ?
Il faut agir pour changer les pratiques, les mentalités : c’est l’avenir de notre société. Les discriminations peuvent être liées non seulement aux origines, mais aussi au sexe, à l’âge, à l’apparence physique, au patronyme, à l’état de santé, au handicap. Et là, on a énormément de travail à faire. Par exemple, pour le handicap, l’entreprise préfère souvent payer plutôt que de respecter le pourcentage de handicapés dans le personnel.
Et, dans l’administration publique notamment, il y a des efforts à faire. Prenez simplement l’accessibilité : comment un handicapé accède-t-il à la sous-préfecture de Mulhouse ?
« Il faut aussi éviter les dérives de la victimisation »
Y a-t-il des études sur le besoin de lutte contre la discrimination ?
La discrimination est difficile à appréhender, car il faut apporter l’élément de la preuve. Prenons un exemple : un poste de travail dans une administration, deux candidats, une personne avec les compétences pour remplir le poste, mais on ne la prend pas ; une autre, qui n’a pas les compétences, mais qu’on prend et qu’on va former : c’est une discrimination, difficile à démontrer. Des études existent, bien sûr : le ministère de la Justice a demandé à tous les procureurs, dans tous les TGI, de mettre en place un pôle de lutte contre les discriminations : ça démontre qu’il faut mener des actions. Il y a aussi le rapport annuel de la Halde, disponible sur son site Internet. Et puis, je suis un ancien syndicaliste, j’ai travaillé 12 ans au club des entreprises, je peux vous dire que le problème existe. J’ai vu un CD-Rom fait par la Chambre de Métiers de Strasbourg qui en prend acte en incitant fortement les chefs des petites entreprises à prendre des jeunes issus de l’immigration. Mais il faut aussi éviter les dérives de la victimisation et, parfois, faire comprendre à ces jeunes que leur problème n’est pas la discrimination, que c’est un autre problème. Notre rôle est aussi celui de bons offices, d’aller voir des gens mis en cause, de leur faire comprendre.
La Halde ne risque-t-elle pas d’être un simple alibi ?
C’est un outil comme un autre. C’est, ensemble, nous, les citoyens, qu’on réglera le problème. Et puis, les gens peuvent aussi utiliser d’autres moyens. Par exemple, quand on vient me dire : « J’ai été insulté », j’explique que ce n’est pas une discrimination et je conseille de porter plainte. Je ne suis pas là pour faire du chiffre, de la procédure -même s’il y en aura- mais si on arrive à faire comprendre qu’il faut changer, régler un problème par la négociation, on aura quand même avancé.