jeudi 25 septembre 2008, 15:32
C'est en 1923 que le grand père ouvre à Paris l'unique galerie spécialisée en art islamique. L'homme avait fui la Turquie, emportant avec lui sa culture arménienne. Tout comme son compatriote Calouste Gulbenkian ce richissime financier, grand amateur de miniatures qui légua sa collection d'art à une fondation portugaise, la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne
Un peu moins de quarante ans plus tard, sa fille Anne-Marie, aujourd'hui membre de la Compagnie Nationale des Experts, ouvre la galerie du Quai Malaquais, bientôt rejointe par sa petite-fille Corinne. Ensemble, elles participent à la Biennale des Antiquaires et au Salon du Collectionneur à Paris. Sans oublier, fin 2007, les Salons des arts et antiquités d'Abou Dhabi et de Dubaï.
L'art de la miniature
« Art islamique ? Le terme désigne la production artistique des populations de culture islamique dans une période allant de l'hégire au XIXe siècle et sur des territoires compris de l'Espagne à l'Inde Il ne s'agit pas d'un art cultuel ou religieux proprement dit, même s'il existe parfois un rapport, pas d'art pour l'art non plus, mais le prolongement d'une fonction utilitaire. Ainsi, les décorations peintes sur la vaisselle de céramique soulignent l'idée de générosité, de partage et les miniatures font partie d'un texte écrit »
Un exemple ? « Cette miniature du Razm-nama, qui représente une conversation entre le sage Kalakavrksiya et le prince Ksemadarsin. Elle appartient au deuxième manuscrit connu du Razm-nama exécuté sous le règne de l'empereur moghol Akbar (r. 1556-1605). Le Razm-nama (Livre des Guerres) est une adaptation en Persan de la grande épopée hindoue du Mahabharata, traduite et illustrée à la demande d'Akbar entre 1582 et 1586. Il demanda par la suite aux grands dignitaires de son empire de faire exécuter à leur intention des copies de l'exemplaire impérial, dont deux sont parvenues jusqu'à nous : la plus ancienne, à laquelle appartient cette miniature, est datée de 1598-99 et une seconde, datée de 1616-17. Le manuscrit de 1598-99 fut dispersé en 1921. Il contenait près de deux cents illustrations aujourd'hui réparties entre la British Library, le musée de Baroda et diverses collections publiques et privées ».
Et Corinne Kevorkian de faire remarquer l'absence volontaire d'ombres et de perspectives, la réinterprétation de l'espace, de l'événement et de la couleur. Au-delà de l'anecdote, la miniature est à hauteur du rêve, du divin.
Une si jolie princesse
Au nom enchanteur de « Princesse de Bactriane » ! « Ces statuettes composites de princesses de Bactriane sont caractéristiques de la production artistique de cette région située au nord de la chaîne de l'Hindu Kush, qui connut une grande période de prospérité entre le troisième et le début du deuxième millénaire av. J.C.. Prospérité liée à sa position de fournisseur de matières premières pour la Mésopotamie.
L'identité de ces "princesses" est mal définie : il pourrait s'agir de "portraits " de dames de haut rang, avec lesquelles elles auraient été enterrées, ce qui expliquerait la diversité de leurs visages et de leurs coiffures. Il pourrait aussi s'agir de déesses, voire d'une déesse de premier rang, jouant un rôle régulateur des forces de la nature, ce que pourrait étayer leur apparence à la fois sereine et statique ».
Oiseau de feu
Autre objet commenté par Corinne Kevorkian, cette lampe à huile ou brûle-parfum en bronze en forme d'oiseau. « Les trois becs laissent penser qu'il pourrait s'agir d'une lampe à huile plutôt que d'un brûle-parfum. La province du Khorassan, dans l'est de l'Iran, fut sous le règne de la dynastie seldjoukide, un centre actif de production d'objets en bronze de grande qualité, dont l'esthétique oscille entre naturalisme et stylisation fantaisiste, aux XIe et XIIe siècle.
Dans cette catégorie d'objets, brûle-parfum ou lampes à huiles, les formes animales figurées sont toujours celles d'un félin ou d'un oiseau, probablement mythique ici puisque les deux protubérances sur ses tempes évoquent un griffon ».
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2007
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