Les archives de Brel aux enchères

BOUNAMEAUX ART PRESS;VOUET,JEAN

Trente ans après la disparition du plus grand chanteur belge, les archives Jacques Brel seront dispersées par Sotheby's à Paris le 8 octobre. Idolâtrie ou commerce ?

Alors que les ventes de manuscrits ne passionnent en général pas les foules, il devrait en aller autrement de cette vente consacrée aux premiers jets ou aux versions abouties de quelques-uns des airs les plus connus de Jacques Brel. Outre ces documents, le catalogue contient des photographies, mais aussi des guitares et quelques autres reliques comme la pipe de l'artiste En tout, ce sont 94 lots qui seront proposés.

Manuscrits de chansons

La vente s'ouvrira avec la mise à l'encan de documents de travail, qu'il s'agisse de cahiers renfermant des ébauches de plusieurs chansons ou bien de feuillets contenant tout le processus de création d'une seule œuvre. À cet égard, le lot 12 est sans doute le plus important. Ce carnet à spirale comprend notamment quelques couplets de La Chanson de Jacky, mais surtout six pages de travail qui aboutissent aux paroles de la célèbre chanson Amsterdam, qui sera reprise par David Bowie. Le lot est prisé entre 50.000 et 70.000 euros.

Vient ensuite, dans l'ordre des estimations, un cahier renfermant le manuscrit des Vieux et des Toros, un air consacré à la tauromachie, l'une des passions du chanteur. Sotheby's a estimé le lot entre 20.000 et 25.000 euros, soit quarante fois plus que le manuscrit le moins cher. Il faut reconnaître qu'il s'agit d'un simple feuillet de papier à l'en-tête de Jacques Brel, une feuille qui n'est couverte que de quelques lignes, la toute première inspiration pour La cathédrale.

Bref, l'ensemble proposé illustre parfaitement la manière de composer du « Grand Jacques », depuis le premier jet jusqu'à la version finale, le tout dans une écriture nerveuse, avec force ratures. Évoquer une version finale n'est d'ailleurs pas entièrement correct, tant Brel avait l'habitude de modifier ses chansons en scène.

Des enregistrements

Sotheby's dispersera aussi quelques archives sonores, parmi lesquelles un rarissime enregistrement de L'homme de la Mancha proposé entre 6.000 et 8.000 euros. Toujours lié à la célèbre comédie musicale, mais prisée 2.000 euros de plus, une matrice d'enregistrement de sa chanson phare La Quête. On y entend Brel faire des remarques humoristiques après chaque couplet de cet air plutôt tragique !

Outre ces documents originaux, les amateurs pourront s'intéresser à des ensembles de disques. Ainsi, le lot 56 comprend 23 trente-trois tours, tous publiés entre 1954 et 1964, le tout étant estimé entre 300 et 500 euros. Datant de la même période, le lot suivant réunit 52 quarante-cinq tours, à vendre entre 500 et 800 euros. Pour le double, un « bon mille euros » donc, l'on pourra s'intéresser à un disque de Serge Gainsbourg dédicacé à Jacques Brel.

Photographies et objets personnels

Au catalogue de la vente figurent plusieurs lots de photographies prises lors de concerts ou en compagnie d'autres chanteurs de l'époque, comme Georges Brassens ou Dalida.

Depuis une guitare des débuts (estimée entre 6.000 et 8.000 euros) jusqu'au stylo ayant appartenu à l'artiste (1.000 à 1.500 euros), la vente recèle aussi un certain nombre de « reliques », ce qui n'est pas sans lui donner un côté un peu sordide.

Cela étant, Sotheby's attend entre 340.000 et 470.000 euros de cette vacation. Nul ne doute que, comme c'est le cas lors de la plupart des ventes consacrées à des personnalités du monde du spectacle, ces montants seront largement dépassés. Les « idoles » sont faites pour être idolâtrées, et Jacques Brel ne fera pas exception.

Si le vendeur demeure anonyme, l'on se demande toutefois quelles sont ses motivations. S'agit-il de célébrer d'une façon un peu particulière le trentenaire de la disparition du chanteur ou de réaliser une belle opération commerciale en jouant sur l'affect que Jacques Brel suscite auprès de toute une génération ?


© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2007
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